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Le 19eme régiment d'infanterie 1914/1918
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Le 19eme régiment d'infanterie 1914/1918
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18 août 2015

RETROSPECTIVE

Dans le numéro du 25 septembre 1914 de La semaine religieuse du diocèse de Quimper et Léon est paru un extrait d’une lettre d’un prêtre, soldat dans un des régiments de la 22e division d’infanterie, qui évoque les premières semaines de guerre :

12 septembre,

Depuis le 21 aout, ça a chauffé dur. Le 21, nous sommes entrés en Belgique. Le 22, à Maissin, grande bataille qui a duré encore le jour suivant. La 22e division a fait des prouesses. Nous dûmes ensuite reculer jusqu’à Bouillon et jusqu’à Sedan. Depuis, pas un moment de repos pour notre armée et surtout le 11e Corps. On a résisté très énergiquement devant Sedan et autour de La Fère-Champenoise. Ce furent trois jours de luttes héroïques et terribles. Des français sont tombés, mais encore plus d’allemands. Notre canon de 75 fait vraiment merveille. Le canon allemand est loin de le valoir. Les allemands ont un seul avantage sous ce rapport, ce sont leurs pièces d’artillerie lourde qui portent fort loin.

A partir de ce moment, 27 et 28 aout, nous avons reculé vite : à peine des combats d’artillerie ; l’infanterie donna fort peu. Tactique, sans soute, mais les soldats avaient peine à comprendre. Nous avons fait marches sur marches, soigné blessés sur blessés, souvent des compatriotes…

A La Fère-Champenoise on nous dit : « Il faut que l’armée de la Meuse (la nôtre) résiste quatre jours ». On résista quatre jours : que de deuils ! Puis, subitement, hier matin, voilà le terrain vidé, les allemands ont pris la fuite vers le nord. Nous les poursuivons…

Grosses fatigues mais bonne santé. Priez et faites prier pour nous.

Y.P.

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23 août 2012

TUES AU COMBAT A MAISSIN LE 22 AOUT 1914

Voici la liste des soldats du 19e régiment d'infanterie tués au combat à Maissin le 22 aout 1914 recensés à ce jour soit 262 hommes. Les Cahiers du 19e RI chiffre les pertes du régiment pour ce 22 aout à 805 hommes. 805 moins 262 tués au combat donnent 543 hommes qui ont été soit blessés, soit prisonniers ou disparus.
Cette liste est non exhaustive. N'hésitez pas à me contacter pour me signaler les hommes manquants dans cette liste.

-A-

ABERNOT Joseph – ARCHAMBEAUD Hyacinthe capitaine – ARZEL Claude – ARZUR Alexandre adjudant – AUFFRET Joseph – AUFFRET Jean Baptiste –

-B-

BAHEZRE DE LANLAY Henri – BALLOT Edouard – BERGOT Alain – BERNARD Lucien – BLEIN Albert sergent – BOHU Hyacinthe sergent – BOISHARDY Louis – BONIZEC Pierre – BOTREL Pierre – BOUCHET Guillaume – BOUGEARD Louis – BOURBAO Jean Marie sergent – BOURDET Paul lieutenant – BOURDONNEC Arsène – BOUREL Jean – BRABAN Jean – BRELIVET François – BRETON Jean Marie – BURLOT Armand –

-C-

CALVARIN Olivier – CAMUS Louis – CAUZIEN Yves – CHAMBAULT Pierre caporal – CHATEAU Auguste – CLAQUIN Louis – CLEACH Pierre – CLOITRE François – COANTIEC Jean François – COATMELLEC Emmanuel – COLIN Louis – COLLET Auguste sergent – COMMAULT Joseph – CONAN Eugène sergent-fourrier – CORBIC Charles – COSNARD Louis – COUACH Jean Marie caporal-fourrier – COULM Joseph – COURTEL Louis – COZ Jean François – CREMAILH Marcel lieutenant – CREN Jacques –

-D-

DAGORN Emile caporal – DE LAAGE DE MEUX Marie Joseph chef de bataillon – DELOZANNE Edouard caporal – DELUGEARD Jean Baptiste – DENIS Jean Marie caporal – DERRIEN Alfred – DERRIEN Jean – DEVAUX Louis caporal – DILASSER Joseph – DOMALAIN Pierre –

-E-

ENTEM Théophile – EOUZAN Louis caporal –

-F-

FERLICOT Jean – FRAVAL Pierre caporal –

-G-

GAC Pierre – GALLERNE Jules – GAMBIER Marceau – GELARD Yves – GILLES Frédéric – GLORENNEC Sébastien – GOACOLOU Jean Marie – GOASDOUE Hervé sergent-fourrier – GONIDEC Yves – GOURVIL François – GUERIN Jean Louis – GUERMEUR Armand – GUERNION Joseph – GUILLEMOT Henri – GUILLERM Jean Marie – GUILLOU Jean Louis –

-H-

HARNAY Yves caporal – HASCOUET Denis – HELLIO Joseph – HERVE Jean Marie –

-J-

JEGU François – JESTIN Jean Marie -

-K-

KERDILES François – KERJEAN Ernest caporal – KERMAIDIC Joseph – KERRYELL François –

-L-

LAMIABLE Edouard lieutenant – LANGUENOU Yves – LANOE Jules – LAROCHE Edmond – LAUNAY Augustin caporal – LAURENT Valéry caporal – LAVANANT Jean Pierre – LAVIGNE Mathurin – LAVIGNE Robert sergent – LE BARS Célestin – LE BARSE Henri – LE BIHAN Charles sergent – LE BIHAN François sergent – LE BIHAN Yves – LE BON Pierre – LE BORGNE Yves – LE BOULANGER Auguste – LE CALVEZ Emile – LE CHAT Joseph -  LE COQ Pierre – LE COZ Jean caporal – LE DENMAT Léon – LE DISEZ Louis – LE DU Albert – LE DU Yves – LE DUFF Emile – LE GALL Gabriel – LE GALL Jean Marie - LE GALL Nicolas – LE GALL Paul – LE GLATIN Auguste – LE GOFF Guillaume – LE GOFF Jean Marie – LE GOFF Jules – LEGRAND François – LE GUILLOUX Bertrand – LE HELLEY Jean Marie – LE HER Jean – LE HIR Jean François – LE HIR Jean sergent – LE HIR François – LE JAN Emmanuel – LE LAY Pierre – LE LEZ Jean Yves – LE MEE Jean Marie – LE MEHAUTE Théophile – LE MENN Jean – LE MENTEC Gildas – LE MOAL Alexis – LE MOAL François – LE MORELLEC Jean caporal – LEOST Laurent – LE PAPE François – LE PELLEC Vincent – LE PORS Jacques – LE QUERREC Yves sergent – LE REUN Joseph – LE RHUN Jean Louis – LE RIBOTER Théophile – LE ROLLAND François – LEROUX François – LEROUX Jean François - LEROUX Joseph – LEROUX Joseph Marie – LEROY Pierre – LE RUN Yves – LE SAINT Pierre – LESCOB Joseph – LE SCOUR Claude – LE SECH Yves – LE SIDANER Théophile – LE VERN Mathurin – LE VERRE Jean Baptiste – LE YONCOURT Yves – LEYOU Pierre – L’HEREEC François – L’HOUR Jean Marie – LIDOU Auguste sergent – LOJOU Eugène – LORAND François – LORANT François – LOUAIL François – LOUEDEC François – LOUEDEC François Marie – LOUET Jean sergent – LOUREC Jean Louis – LOZAHIC Jacques – LUCAS François –

-M-

MADEC René – MAHE Charles sergent – MAHE Yves – MALETROIT Jean Marie – MANACH Lucien – MARHADOUR Goulven – MARMAGNANT Alfred capitaine – MARTIN Jean Baptiste – MAYER Marcel – MAZE Pierre – MAZEAS Pierre – MENEZ François – MENGUY Marcel – MERRER François – MICHEL Pierre – MILIN Léony – MONFORT Pierre – MONVOISIN Louis – MORET Marcel – MORVAN François – MORVAN Guillaume – MORVAN Jean Baptiste – MORVANNIC Pierre – MOULLEC Yves – MOYOU Yves – MOYSAN Jean Louis caporal –

-N-

NAOUR Alain – NEDELLEC Jean Marie – NICOLAS Julien – NORMAND Yves –

-O-

ODIE François – OLLIVIER Alexis

-P-

PALY Jean Marie – PAUL Jean François – PENNEC Pierre – PERON Jean Marie – PERON Pierre – PERROT François – PERSON Jean Marie – PERSON Joseph – PERTEL Joseph – PHILIPOT Jean Louis – POILVET Pierre – POLONS Pierre – POTIER Eugène – POULIQUEN Henri – POULIQUEN Jean Marie – PRAT Hyacinthe –

-Q-

QUEFFELEC Guénolé – QUEINNEC Daniel – QUENTEL Théodore caporal – QUINIOU René caporal – QUINTIN Louis – QUITTOT Mathieu –

-R-

RABET Julien – RAFFRAY Louis – RIDELLER Lucien – RIVOAL Jean Marie – RIVOALEN Arsène – ROBIN Jean Marie – ROBIN Pierre – RONVEL Jean François – ROPARS Jean Marie – ROUE Jean – ROUE Joseph sergent – ROUILLE Pierre – ROUSSEL Calixte chef de bataillon – ROUSSEL François –

-S-

SAGET Albert sous-lieutenant – SALAUN Joseph – SALLIOU Yves – SALPIN Auguste – SIBIRIL Jean Marie – SIDANER François – SIMON Yves –

-T-

TACON Joseph – TALIDEC René – THEPAULT François – THORAVAL Jean François – TREMEL Eugène –

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Les jours suivants, de nombreux soldats du 19e régiment d'infanterie décèdent des suites de leurs blessures dans des ambulances et lazarets en Belgique.

Le 23 aout 1914 à Maissin :
COULM François – ECOBICHON Pierre – GUILLOU Louis – GUILLOU Pierre – HAMEURY Yves – LAURENT Yves – LE NAOUR René – MAZE Charles sergent – MORVAN Alexis – PAILLARDON Jean Baptiste – PHILIPPE Louis –

Le 24 aout 1914 à Maissin :
BELLEC Jean François

Le 26 aout 1914 :
SALAUN Théophile (Le lieu de décès indiqué sur sa fiche du site "Mémoire des Hommes est Haussimont en Belgique. Après vérification, il n'existe pas de village répondant au nom de Haussimont en Belgique. Haussimont se trouve dans la Marne près de Lenharrée ou le 19e RI combattra début septembre 1914. Donc, soit Théophile Salaun est mort à Haussimont mais en septembre, soit il est bien décédé le 26 aout mais quelque part en Belgique.)

Le 28 aout 1914 à Libin :
BOSSARD Auguste – GESTIN Yves -

Le 29 aout 1914
A Bouillon : MARTIN Joseph –
A Libin : EVENOU François - HUGOT Charles adjudant -
A Maissin : GUYOMARD Eugène – HUON Jacques -

Le 5 septembre 1914
Au couvent des Abys à Beth : BUHOUR Arsène sergent -
A Saint Hubert : DONNIO Jean Baptiste

Le 9 septembre 1914 à Saint Hubert :
NICOLAS Pierre

Le 16 Septembre 1914 à Saint Hubert :
SEITE Paul

Le 19 septembre 1914 à Maissin :
CORNEC Joseph

Le 27 septembre à Bouillon :
GOALES Jean Pierre

En septembre à Libin :
LE BEZVOET Yves Marie, son histoire => ICI

Le 4 octobre 1914 à Saint Hubert :
BOCON Pierre

Deux hommes sont déclarés tués à Maissin mais la date du décès est inconnue :
FROUDE Jean François - RAULT Albert -

Le 27 octobre 1914, Jean Marie BALCON décède des suites de ses blessures à l'hôpital militaire d'Ixelles dans la banlieue de Bruxelles. Au vu de la date du décès, difficile d'afirmer que Jean Marie Balcon ai été blessé à Maissin. Il a peut être été blessé et fait prisonnier dans la Somme puis envoyé en soin à l'hôpital militaire d'Ixelles.

 

20 janvier 2016

LETTRE D'UN BLESSE RESCAPE DE LA BATAILLE DE LENHARREE

Foix, le 20 septembre 1914
Chère maman,

Je vous écris de la main gauche. J'ai reçu votre lettre ce matin. En passant à Toulouse, j'avais trouvé un Bordelais qui retournait chez lui. C'est lui qui a bien voulu porter un mot à Sainte Margueritte. Je commence a remuer les doigts de la main droite mais j'en ai pour six mois avant que mon bras puisse me rendre quelque service. L'autre jour, je suis tombé juste dessus, ce qui m'a valu l'épithète d'imbécile par le major !! Heureusement que mon plâtre est solide, sans quoi j'aurais fait de la salade !

Le major m'a dit l'autre jour que je pourrais aller chez moi avec mon plâtre, quand je voudrais. Il n'y a plus de pansement à me faire. Les deux plaies d'entrée et de sortie de la balle vont se cicatriser toutes seules. Il faudra juste un médecin pour m'enlever le bras du plâtre.

Je suis bien sûr que la campagne est finie pour moi. Ils m'ont bien amoché, les cochons. J'ai eu beaucoup de casque entre les mains et, quand j'ai été blessé, je n'ai pas pu en trouver. La seule chose qui me reste, c'est un couteau que j'ai pris à un prisonnier allemand à Maissin.

J'étais bien heureux de ne plus entendre le grand orchestre et de trouver un bon lit ! Ca vaut mieux que les tranchées pour ronfler ! Et qu'est-ce que je me mets dans l'estomac ! Ca change des rutabagas et du pain pourri.

Il a eu de la veine Louis. Un fantassin aurait été zigouillé d'ou avantage d'avoir un cheval qui fait le sacrifice de sa peau. Avez-vous des nouvelles de Paul et Louis Aurégan ? On peut faire la comparaison dans les hôpitaux et dans les trains de blessés. La cavalerie et l'artillerie n'ont que des pertes insignifiantes auprès de l'infanterie. Ce sont les pauvres pousse-cailloux qui se font casser la figure.

J'ai vu des endroits ou l'herbe et l'avoine étaient rouges sur de grands espaces. Une ligne de tirailleurs avait été à l'abattoir... Ce n'est pas gai de voir tomber des jeunes gens en pleine vitesse, qui sont ensanglantés et qui pleurent ou crient "Maman !". Les pauvres bougnoules criaient " Oh ! Ma Doué !" C'est la nuit que leurs cris et leurs râles étaient horribles. La plaine de Wagram dans l'Aiglon n'est rien auprès de ce que nous avons entendu à Maissin la nuit entière. J'avais des cauchemars les premières nuits que j'ai passé à l'hôpital car ma blessure me donnait un peu de fièvre. Tout ça me trottait dans la caboche. Il y a des scènes dont je me rappellerai toute ma vie.

Donnez-moi l'adresse de Louis et celle d'Auguste. J'ai appris sa blessure l'autre jour par un soldat de sa compagnie. Il ne pouvait plus parler et il a été amoché deux heures après moi au même village de Lenharrée, près de La Fère Champenoise. Il en est tombé du 19eme ce jour-là. Nous étions les derniers débris du régiment. Je connais des familles brestoises ou il y aura du deuil.

Dites-moi si vous êtes à Brest ou à Guillers et, dans une quinzaine de jours, je me mettrais en route pour Brest. Je vous enverrais une dépêche pour vous dire l'heure de l'arrivée du train. Je mettrais deux jours et deux nuits. Notre train de blessés avait mis quatre jours et quatre nuits pour arriver à Foix et des fourgons à bestiaux avec un peu de paille. Ceux qui étaient bien atteints avaient bien souffert.

Je vous envoie une copie de mon diagnostic au registre des blessés. Gardez-le, il pourra servir.

Embrassez Gabrielle et ses deux petits lapins (futurs pioupious), Marie Thérèse et, pour vous, mes meilleurs baisers.
Répondez moi vite, on s'embète sans nouvelles.
Bonne poignée de main à Fernand. En haut de sa pyramide, il doit se barber.
Gardez moi la carte que le major vous a envoyé.

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Je remercie l'association " Bretagne 14-18 " de m'avoir autorisé à publier cette lettre parue dans leur bulletin trimestriel n° 74.

24 juillet 2011

DANS LES PARALLELES DE DEPART

Massés dans les parallèles de départ, sous la pluie qui ne cesse de tomber, la nuit parait interminable pour les hommes du 19e régiment d'infanterie. Les 700 mètres de leur secteur d'attaque (le plus étendu de la 22e D.I) s'étend, de gauche à droite, du boyau d'Erfurth au point 479. Face à eux, les deux mamelles, stratégiquement importantes pour l'ennemi qui s'y est solidement retranché, domine le terrain. Entre la parallèle de départ et les deux mamelles, se trouve le Trapèze ensemble de tranchées couvert de réseaux barbelés.
Après avoir franchi ces trois positions, le 19e régiment d'infanterie, passant par le ravin de la Goutte et la Brosse à dents, doit participer à la prise de Tahure, objectif de la 22e division d'infanterie pour ce 25 septembre 1915.
Les compagnies sont placées dans leurs ordres de départ.
Le 3e bataillon, commandé par le commandant Wolf, est dans la parallèle 1. Le 1er bataillon, commandé par le commandant Lesdos, se trouve dans la parallèle 2. Le 2e bataillon, commandé par le commandant Fohanno, est placé en réserve de la 22e D.I en arrière du bois violet (point 463).
les troupes d'assaut sont réparties en quatre vagues :
Le 3e bataillon forme les deux premières vagues, 9e et 10e compagnies en tête, suivies à 50 mètres de distance par les 11e et 12e compagnies.
Viennent ensuite les 1er, 2e et 4e compagnies, du 1er bataillon, formant la 3e vague qui suit la 2e à 100 mètres et renforcés par la compagnie de mitrailleuses.
S'élançant à 100 mètres derrière la 3e vague, la 3e compagnie, commandée par le capitaine Jegaden, forme la 4e vague.
La mission des deux premières vagues d'assaut est de franchir, sans s'arrêter, les tranchées ennemies en se dirigeant sur l'objectif sans se préoccuper des liaisons avec les unités voisines, sauf si le décalage avec ces dernières expose leur flanc aux tirs ennemis.
La 3e vague soutient les deux premières et les rejoint si nécessaire.
La 4e vague est chargée du nettoyage des tranchées ennemies que les précédentes vagues ont franchis sans s'arrêter.

 

17 juin 2007

LE TEMOIGNAGE DU SERGENT PENTHER

Charles Penther est sergent à la 11ème compagnie du 19e régiment d'infanterie. Voici son témoignage sur l' attaque Allemande du 8 septembre 1914.

" Ma compagnie était placée, si on regarde vers l'est, à 300 mètres environ de la station, à gauche, en une excavation caractérisé par un passage de caniveau sous la voie ferrée. Vers 4 heures du matin, quelques obus nous sortent brusquement de l'état de léthargie où nous avait plongés notre immense fatigue. Nous prenons rapidement position sur le talus de la voie ferrée d'où, bien qu'il fasse à peine jour, on découvre la plaine en avant de nous, entre Lenharrée et nous. Mais quoi ! C'est une cohue et la plaine grouille de troupes qu'il est impossible d'identifier. Des officiers près de moi commandent le feu : ils croient avoir reconnu les Allemands ; d'autres crient à la méprise et essaient de faire cesser le feu ; ils croient avoir reconnu des uniformes français. A la vérité les uns et les autres ont raison, mais les ordres contradictoires jettent le trouble parmi nous. Je suis d'ailleurs amplement renseigné, car j'ai entendu distinctement, tant les Boches déployés en tirailleurs sont déjà près de nous, les ordres en langue allemande que lançaient les officiers. Dans l'intervalle, le jour s'est levé. Et la situation, déjà critique, achève de se gâter tout à fait : vers 7 heures du matin, nous nous apercevons que des balles, en arrière de nous, au dessous de nous, font voler en éclats les pierres du remblai : des mitrailleuses Boches se sont insinuées à droite et à gauche à la faveur du désordre de la nuit, et nous canardent dans le dos. Plus de doute, l'ennemi a débordé les positions de Lenharrée. Au moment où nos officiers s'aperçoivent que nous sommes cernés, deux solutions se présentent et j'entends, entre eux, tout près de moi, leur discussion rapide pour l'adoption de telle ou telle ligne de conduite : la charge à la baïonnette pour nous dégager ou le repli vers les bois à travers 500 mètres de plaine. La charge est d'abord adoptée car nous mettons baïonnette au canon, et nous nous préparons à traverser la voie ferrée ; puis la deuxième solution l'emporte. Le 19e (et d'autres débris disparates de régiments qui composent la précaire défense de la voie ferrée) quitte sa position et se jette en plaine... Le Boche grimpe aussitôt sur le talus et, comme à la cible, tire à répétition sur nous. Un vrai massacre. Je ne sais comment j'y échappai, étant parti dans les tout derniers. Le fait est que j'en fus quitte pour une simple balle dans le poignet et, à la distance où je me trouvais des tireurs, j'aurais pu tomber plus mal. Les bois devant nous étaient bombardés, mitraillés. Il pleuvait des shrapnells et des balles de partout. Ce pauvre Lenharrée, que nous avions victorieusement défendu pendant trois jours, l'ennemi maintenant en était maître."

Source : Charles Le Goffic-La Marne en feu

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16 octobre 2023

CAPORAL THEODORE MORIO

Théodore Sébastien Louis MORIO est né au Relecq-Kerhuon (Finistère) le 27 aout 1892. En 1912, boulanger à Landerneau, il s'engage volontairement dans l'armée pour trois ans. Affecté au 19e régiment d'infanterie de Brest, il est nommé caporal le 25 février 1915. A la déclaration de la guerre, il part avec son régiment pour le front. Théodore Morio est tué au combat de Lenharrée (Marne) le 7 septembre 1914.

20 janvier 2015

JACQUES MEYER - Avec le 329e RI sur la butte de Tahure

Jacques Meyer, lieutenant au 329e régiment d'infanterie, a écrit deux livres sur ses souvenirs de sa participation à la grande guerre. " La biffe " paru en 1928 et " La guerre, mon vieux " paru en 1932. Il est aussi l'auteur avec André Ducasse et Gabriel Perreux du livre " Vie et mort des français 1914-1918".Dans l'un de ces ouvrages, il fait une saissisante description du secteur de Tahure en septembre 1915 tel que l'on vu les soldats du 19e régiment d'infanterie. En effet, son régiment faisait partie de la 53e DI qui suivait la 22e DI.

En voici un extrait :

Les boyaux devant Perlhes-les-Hurlus.

Ils sont de moins en moins hauts, de moins en moins larges, de moins en moins propres, de moins en moins secs.
Des détours et des coudes brusques. Des routes franchissent le boyau par des ponts en planches renforcées de terre, des pistes le rejoignent en pente douce. Quelques éclatements, çà et là, ont éboulé les parapets taillés à arêtes vives dans la marne. Un cheval crevé est tombé en travers du boyau, et l'obstrue. Plus loin, il se fait souterrain pour quelques mètres, et les flaques qui n'ont pu sécher le transforment en véritable lac.
De vieux équipements, des armes hors d'usage parsèment le sol; des ordures aussi, sans nombre. Un isolé entre deux gendarmes. Le premier mort, à peine entrevu, pâle figure de cire, allonge sur le parapet des membres raidis. Une ouverture béante et noire, avec des marches qui conduisent on ne sait où, et tout près, un tas de pansements, jaunes et rouges de sang et de pus, exhale une odeur infecte : un poste de secours. En se haussant par-dessus le parapet, on a des échappées sur un paysage désolé, des lignes blanches sur fond grisâtre qui sont d'autres boyaux, des arbres édentés avec des branchages sans feuilles.
Soudain, le boyau se termine, c'est la sortie au grand jour, c'est Perthes-les-Hurlus une grande route blanche et boueuse, comme elles sont toutes par ici; ses talus, où se dressent encore quelques rares pans de mur, sont des tranchées abandonnées ; d'immenses cratères, à intervalles irréguliers, la bordent, la rongent et la coupent en tronçons inégaux : les entonnoirs.
Et tout cela c'est l'ancienne première ligne boche conquise le 25 septembre, il y a deux jours de cela, il y a un siècle plutôt, car déjà se dessèchent les morts épars et abandonnés, et la vie a repris en dehors et au-dessus d'eux: des corvées de ravitaillement, en file indienne, s'affairent sur la route dangereuse, ou se groupent près d'immenses tonneaux d'eau potable en vrac sur le talus, et les éclatements des fusants boches ponctuent le tout, indistinctement, de leurs panaches clairs ou bruns.
Les réserves dans les carrières de la route de Souain à Tahure.
Des bouquets d'arbres, en bordure de ce qui fut une route départementale, les tronçons d'une voie de Decauville, et, dans deux cirques naturels au pied d'une pente blanchâtre et continue, une agitation insolite. Ce sont les fameuses carrières où les postes de commandement des brigades et les postes de secours de nos régiments voisinent avec des éléments du Corps d'Armée de gauche, des Bretons des 19e et 116e régiments d'infanterie.
La pente elle-même est creusée sur toute son étendue, ruche aux alvéoles insolites, d'une infinité de niches occupées par les hommes des compagnies de réserve. Des groupes de cavaliers, avec leurs chevaux, de ceux-là qu'on amassés par divisions entières pour le cas d'une percée, jettent la note étincelante et imprévue des aciers et des cuivres dans ce paysage tout de grisaille. Et sans arrêt, au poste de secours, tapi comme dans le bas d'une falaise, continuent à affluer un à un, particules douloureuses et meurtries se détachant du champ de bataille, invisible là-haut sur la butte, les blessés pitoyables et sanglants : un, entr'autres, que je ne puis chasser de mon souvenir, pâle à défaillir, et soutenant de son bras intact une main mutilée, qui n'est plus qu'une masse horrible et méconnaissable de chair et de sang...

Sur la butte de Tahure (28 septembre).

D'abord, un passage facile, tant que nous gravissons la pente, et que se rapprochent fumée et tonnerre.
Et puis la pente s'adoucit, un dernier talus, celui de la route de Somme-Py, où, hier, un obus a éclaté qui a tué cinq officiers de l'état-major du régiment : le colonel, son capitaine-adjoint, un commandant, le porte-drapeau, le capitaine mitrailleur, et mis le drapeau en miettes.
Comme le nageur, avant de plonger, il faut, au moment d'aborder le redoutable inconnu, faire une longue aspiration d'énergie. A quinze cents ou deux mille mètres, une ligne sombre de bois ferme l'horizon. Jusque là-bas, la plaine, barrée et comme mouchetée, tachetée de panaches de toutes les couleurs, formant à la fois sur le sol et dans le ciel des alignements presque impeccables, des quinconces presque réguliers...
Quelque part est la ligne - s'il est possible qu'il y ait là même une apparence de ligne, que nous devons renforcer. Et déjà, courbant le dos, baissant la tête, nous filons en une course éperdue, tombant dans un trou d'obus, trébuchant sur un cadavre bleu, assourdis, secoués par le vacarme des explosions à droite, à gauche, en avant, en arrière, couverts de terre et de suie, et gardant pourtant une conscience anormalement grossie et distincte de détails infimes et presque grotesques, le fil téléphonique traînant à terre, une courroie de mon sac qui s'est rompue et que je dois retenir de la main, et arrivant finalement, intact au sortir de cet enfer, « à la ligne », c'est à dire à quelques trous vaguement alignés; par endroits, deux ou trois de ces trous réunis forment une sorte de fosse avec, au fond, des formes bleues recroquevillées, immobiles, des sacs, quelques boîtes de singe... Je voudrais me rendre compte de l'étendue de la ligne, mais des jurons énergiques, jaillissant du fond des trous, m'obligent à plonger dans l'un d'eux qu'occupent seulement deux poilus.
Ils m'expliquent qu'il est absolument impossible de circuler ici en plein jour, même de trou à trou, sans se faire saluer par les mitrailleuses du bois de droite, et même sans faire arroser le secteur de quelques percutants. J'essaie donc, pour faire ma liaison avec nos prédécesseurs, de faire passer un bout de papier jusqu'à leur chef. Du trou voisin, un poilu, interpellé à mi-voix, sort un bras prudent, et mon papier me revient au bout d'une demi-heure, avec un accusé de réception du sergent-major qui commande la 22e, les quatre officiers et l'adjudant ayant été tués ou blessés la veille au soir, avec deux bons tiers des « bonhommes », à l'attaque de la tranchée de la Vistule.
Journée lente, lourde, terrible de monotonie et d'appréhensions. Le soleil de midi tape ferme et accentue encore la torpeur.
Des moments de sommeil, j'ignore de quelle durée. Mes deux compagnons et moi nous mangeons, à même la boîte, prise sur un mort, un peu de singe desséché. De temps en temps, je glisse un coup d'oeil au dessus du parapet, et ne vois toujours devant moi que la masse vert sombre des bois que tiennent les Boches et les lignes inclinées du terrain qui descendent vers le ravin où se cache le village de Tahure.
C'est bien çà la guerre : du silence coupé de sonorités brutales ; pas trace de vie : les seules fermes visibles à l'horizon sont des fermes inertes. Dans l'après-midi, un mot du sergent-major « Est-il vrai qu'on attaque à 4 heures ? »
Qui expliquera jamais l'origine d'un tuyau « éclos en plein isolement, alors que pas un agent de liaison ne peut parvenir jusqu'ici », et qui s'est propagé tout le long de la ligne, malgré la distance qui sépare chaque trou du voisin. Je réponds que j'ignore tout et n'ai d'ailleurs reçu aucun ordre.
Et je n'en entends plus parler. Plus tard, un avion a bourdonné sur nos têtes. Un trait brillant qui part de l'avion, une fumée qui le suit, sans doute un signal pour l'artillerie. Et, en effet, quelques minutes après, le bombardement commence, manifestement dirigé contre nous : les premiers obus éclatent en avant ou en arrière, ou bien trop à gauche ou à droite, mais déjà ils n'ont plus ce vrombissement particulier des gros obus en cours de route qui passent très haut sur les têtes avec un halètement rauque de locomotive ; non, c'est le sifflement du projectile à bout de course, dont la trajectoire descend, rapide, vers le sol; et puis, tout de suite après, c'est le fracas déchirant de l'explosion, et la fumée suffocante et lourde qui rampe longtemps sur le sol.
Et le tir se fait plus précis, les éclatements plus proches; ça y est, nous sommes en plein dans la fourchette. Pendant une heure nous avons été « sonnés », bien vite étourdis, engourdis par ce bruit et ces odeurs de poudre et de soufre : et, comme mes deux « bonhommes » étendus, l'un à plat ventre avec son sac sur la tête, et l'autre enseveli dans sa toile de tente pour ne plus rien voir et entendre le moins possible, j'étais moins qu'un être humain, plutôt un pauvre animal qui se cache, pour être oublié par le destin mauvais, mais meurtri brutalement en pleine chair, en pleines entrailles par chaque éclatement proche, dont le sol transmet les ondes en autant de vibrations douloureuses...
Nous sommes relevés dans la nuit du 30 par le 51e régiment d'infanterie, et nous redescendons pour quelques jours, afin de nous reformer plus que nous reposer, au bois des Caissons, en bordure de la Voie Romaine, derrière Perthes.

Source : l'excellent site du Chtimiste => http://chtimiste.com/batailles1418/divers/journalmarche329.htm ou vous pouvez lire la suite.

12 juin 2023

SERGENT ANDRE LOUBIERE

André Louis LOUBIERE nait le 15 janvier 1894 au Buisson de Cadouin, petit village de Dordogne. Il est voyageur de commerce lorsqu'il est mobilisé le 17 décembre 1914 au 123e régiment d'infanterie de La Rochelle et est promu caporal le 29 mai 1915. Le 5 octobre 1915, il rejoint le 19e régiment d'infanterie de Brest qui se trouve alors en Champagne, non loin de Tahure. Nommé sergent le 16 mars 1916, il est blessé le 30 aout de la même année dans le secteur de Sapigneul. Le 2 octobre 1917, alors qu'il se trouve dans le tunnel de la Malmaison sur le Chemin des Dames, le sergent André Loubière est enseveli par l'explosion d'une torpille ennemie en même temps que son camarade, le caporal Marcel Giroud. Les deux hommes ne s'en sortiront pas.

5 juin 2021

CITATIONS OBTENUES PAR LES BATAILLONS

1-Citation à l'ordre de la brigade n°12, du 14 octobre 1915.

Le 2eme bataillon du 19eme régiment d'infanterie, commandé par le chef de bataillon FOHANNO

  "Sous la conduite énergique de son chef, s'est porté résolument en avant, franchissant les tranchées d'un élan irrésistible, faisant prisonniers 10 officiers et 200 hommes de troupe (Tahure, le 25 septembre 1915).

2-Citation à l'ordre de l'armée n°339, du 17 aout 1917, de la 3eme armée.

Le 3ème bataillon du 19ème régiment d'infanterie.

  "Engagé inopinément dans un secteur ou l'adversaire avait remporté d'importants avantages, le 3ème bataillon du 19ème régiment d'infanterie, sous l'énergique impulsion de son chef, le commandant L'HELGOUAC'H, est parti en formation de manoeuvre à l'assaut d'une position fortement défendue et s'étendant sur plus de milles mètres, s'en est totalement emparé, s'y est maintenu sous un très violent bombardement, a fait des prisonniers, pris 4 mitrailleuses et 2 lance-bombes, et témoigné d'une très belle endurance, et d'une froide énergie."

3-Citation à l'ordre de la 4éme armée n°1546, du 23 décembre 1918.

Le 3ème bataillon du 19ème régiment d'infanterie.

  "Après s'être emparé de haute lutte, le 8 novembre 1918, des villages de Balaives, d'Etrépilly et de Flize, avoir porté nos lignes sur la rive gauche de la Meuse, et effectué ainsi une avance de plus de 10 kilomètres, le 3ème bataillon du 19ème régiment d'infanterie, sous les ordres du capitaine VINCENT, est parvenu, le 10 novembre, à franchir le fleuve sur une passerelle de fortune soumise aux plus violents tirs de mitrailleuses, de minen et d'obus de tous calibres. A établi une tête de pont à 500 mètres de la rive droite et s'est maintenu sur sa position dans des circonstances particulièrement critiques et périlleuses, joignant le plus bel exemple du devoir et de l'abnégation à des qualités manoeuvrières de premier ordre. A capturé 30 prisonniers."

6 juin 2021

CITATIONS A L'ORDRE DE L'ARMEE RECUES PAR LE 19e R.I.

1-Citation à l'Ordre de l'armée n°382, du 3 janvier 1915, de la 2éme armée.

   "Chargé, le 17 décembre, de l'attaque sur Ovillers, s'est porté en avant sur un terrain absolument découvert avec un entrain remarquable. En prise à des feux de face, d'écharpe et d'enfilade, a progressé quand même. S'est emparé à la baïonnette d'un blockhaus fortement organisé et des tranchées ennemies en avant du village. S'est maintenu toute la journée sous un feu violent d'infanterie et d'artillerie.
   S'était déjà fait remarquer à Maissin le 22 août, à Chaumont-Saint-Quentin le 27 août, à Lenharée les 7 et 8 septembre, à Thiepval et à la cote 141 les 6 et 7 octobre 1914."

2-Citation à l'ordre de l'armée. Ordre général n°1 du 25 octobre 1915, du G.A.C., et décision du général commandant en chef du 9 décembre 1917.

   "La 22ème division d'infanterie, comprenant les 19e, 118e, 62e, 116e régiments d'infanterie, a, le 25 septembre 1915, sous la vigoureuse impulsion de son chef le général Bouyssou, enlevé dans un superbe élan les positions ennemies, fortement organisées, sur une profondeur de 4 kilomètres, en s'emparant de plusieurs batteries. Pendant deux semaines, au prix d'efforts soutenus et énergiques, n'a cessé de lutter contre l'ennemi qui se défendait pied à pied, le refoulant sans cesse et faisant chaque jour de nombreux prisonniers."

3-Citation à l'ordre de l'armée. Ordre n° 15163 "D" du G.Q.G. du 29 mars 1919.

   "Régiment d'élite qui, sous les ordres de son chef, le colonel Taylor, a donné, du 25 mars au 4 avril 1918, combattant sans trêve ni repos, de jour et de nuit, de nouvelles preuves de son grand esprit de sacrifice, en tenant tête devant Nesle, Roye, Dancourt et dans la région Grevilliers-Montdidier, à des forces ennemies très supérieures et exaltées par un premier succés. Le 30 mars, réduit de plus de moitié par les pertes subies, fortement éprouvé par de dures fatigues, a retrouvé sous le feu toute sa valeur offensive et collaboré aux opérations de la 28éme D.I. dans la région d'Orvillers-Sorel. A tenu ensuite, du 3 au 4 avril, avec sa traditionnelle et légendaire tenacité, sous un bombardement intense, sans faiblir un seul instant, les positions qui lui avaient été confiées. A donné, une fois de plus, au cours de cette période de très dur combats, un bel exemple de l'esprit de sacrifice et des nobles qualités militaires qui l'animent."

4-Citation à l'ordre de l'armée. Ordre général n° 1445 de la 4 ème armée, du 12 novembre 1918.

   "Le 26 septembre 1918, fidèle à son passé glorieux, sous les ordres du lieutenant-colonel Vassal, est parti à l'attaque avec un entrain remarquable, a conquis de haute lutte les tranchées entre Navarin et la butte de Souain; S'est emparé les jours suivants de Somme-Py et des tranchées au nord, malgré une défense opiniâtre et a réalisé une progression de 7 kilomètres.
   Jeté de nouveau 4 jours après dans la bataille, s'est emparé de la tête de pont de Saint-Pierre-à-Arnes et du système défensif des tranchées de Marre, fortement défendues, réalisant ainsi une nouvelle avance de 7 kilomètres.
   Au cours de ces deux périodes de lutte, a capturé plus de 200 prisonniers, une batterie de 150, plusieurs canons de 77 et de nombreuses mitrailleuses."

 

26 août 2023

JEAN BAPTISTE TICHADOU

Jean Baptiste TICHADOU est né le 28 mars 1892 à Orin dans les Pyrénées Atlantique. Orphelin très jeune, il exerce le métier de domestique. Dispensé de service militaire pour faible constitution en 1912, il est reconnu bon pour le service armé en septembre 1914 et est affecté au 34e régiment d'infanterie, puis au 62e régiment d'infanterie en octobre 1915 et au 19e régiment d'infanterie en novembre 1916. Il meurt des suites de maladie à Ménaucourt (Meuse) le 27 janvier 1917.
Jean Baptiste Tichadou ne sera pas reconnu "Mort pour la France" car il aurait contracté sa maladie mortelle en dehors du service...

5 janvier 2011

LE SITE INTERNET DU 219e RI

Plutôt qu'un simple chapitre de mon blog, j'ai pensé que l'histoire du 219e régiment d'infanterie méritait également son site internet. C'est pourquoi, je me suis lancé dans l'aventure et ai crée un site consacré au 219e RI pendant la première guerre mondiale.

      C'EST ICI => http://219eri.e-monsite.com/

Ce site est en cours de construction et sera alimenté au fil du temps.
Toute remarque, question, contribution sur ce nouveau site sont les bienvenues.
N'hésitez pas à me contacter => ICI <=

6 février 2009

DEVANT THIEPVAL, LE 7 OCTOBRE 1914

Parue dans le Nouvelliste du Morbihan le 11 novembre 1914, cette lettre a très probablement été écrite par un soldat du 19e régiment d'infanterie qui occupait ce secteur de Thiepval en ce début Octobre 1914. Dans cette lettre, cet homme, originaire du Morbihan, raconte son quotidien.

« Devant THIEPVAL, le 7 Octobre 1914

 

Depuis mon départ, tu n’as guère eu la peine de me lire souvent si bien longuement ; cela tient essentiellement à notre situation présente. Voilà trois semaines bientôt que nous vivons de la vie des taupes, toujours en terre.

 

Dès notre arrivée dans ce pays, nous avons commencé à creuser des tranchées et depuis nous y sommes, en quittant une pour en creuser une autre un peu plus près de l’ennemi. Mais tu ne dois pas savoir ce que c’est qu’une tranchée : je vais essayer de te l’expliquer et tu le comprendras facilement, je l’espère.

 

Nous savons par exemple que les Boches occupent la crête d’une colline. Cette crête est formée d’un terrain à peu près plan sur 100, 200 ou 300 mètres. Nous approchons de l’ennemi et , quand nous sommes assez prêts, nous nous couchons tous, mettons nos sacs devant nous pour nous protéger plus ou moins des balles, puis chacun commence son trou. Régulièrement ces tranchées individuelles se font à l’aide des outils que l’on porte sur le sac ; mais beaucoup ont perdu sacs et tout et j’ai vu creuser la terre avec les couteaux , cuillers, fourchettes et même simplement avec les seules mains. La terre, ainsi retirée des trous que nous faisons, se place devant nous, à coté du sac et forme parapet . Pour peu qu’on travaille pendant quelques heures , le trou devient assez profond pour que l’on puisse s’y tenir à genoux, puis debout, tout en étant à l’abri derrière le monticule de terre que l’on a tiré. Si on n’avait à craindre que les balles on ferait des tranchées très larges dans lesquelles on pourrait se tenir allongé ; mais pour nous garantir des obus nous préférons des tranchées plus étroites, tout le long du boyau. De la sorte, lorsque l’on est bien tapi au fond avec le sac sur le dos, il n’y a plus rien à craindre de leurs marmites. D’ailleurs, les premiers temps, nous ne pouvions entendre un obus siffler sans tous nous aplatir à terre. Depuis nous nous sommes habitués à cette chanson si souvent sifflée et nous reconnaissons à temps si le projectile nous est destiné, rien qu’à son bourdonnement qui, évidemment, n’est pas le même quand il rase terre et va tomber, et quand il passe à grande hauteur et va éclater à quelques kilomètres en arrière de nous.

 

Tu dois te demander ce que nous faisons dans ces habitations ultra-modernes appelées tranchées ? L‘horizon est plutôt borné ; aussi n‘admirons-nous pas beaucoup le paysage. Nous commençons tout d‘abord par améliorer notre « intérieur » . Pour ce faire nous allons chercher de la paille ou même du blé, car beaucoup de céréales ne sont pas battues, et nous en faisons d‘épais tapis et de chaudes couvertures. Les premiers jours après notre arrivée ici nous nous contentions de ces seuls meubles car le temps était très beau et nous dormions sans avoir trop froid, avec comme ciel de lit la calotte céleste constellée d‘étoiles !!! Malheureusement, depuis plusieurs jours, le soleil fait grève et par contre la pluie et la brume ne dédissent pas ; aussi, a-t-il fallu nous garantir mieux : ma toile cirée m‘est très utile. On nous a fourni aussi des tricots de laine et des couvertures régimentaires. De notre coté, nous avons travaillé. Les bois environnants nous fournissent dexcellentes toitures . Tous ces feuillages enchevêtrés, recouverts ensuite de paille, nous font des abris relativement chauds et sous lesquels nous narguons la pluie. La paille pourtant se fait rare et celle que nous avions primitivement dessous commence à se transformer en fumier, sans quil nous soit possible de la renouveler.

 

Ce que nous faisons dans les tranchées ?

 

Tout dabord on dort quand on nest pas de veille et dun sommeil !!! Il est vrai que trois semaines passées à entendre le grondement continuel des canons et le sifflement des balles ne sont pas faites pour vous reposer . Un obus éclatant à 6 ou 8 mètres  de la tranchée ne réussit pas à nous réveiller. Le ronflement des dormeurs se même au fracas de léclatement des obus : jen ai ri combien de fois ?

 

On cause aussi, on chante même, on rit et on fume. J‘ai eu la précaution de me munir d‘une pipe en passant à TROYES et je ne le regrette pas car le feuilles à cigarettes ont fait très souvent défaut. Le tabac nous a manqué à tous aussi pendant un ou deux jours et ça été une grande privation . Maintenant, par bonheur, nous en sommes munis abondamment . Ce qui nous a beaucoup ennuyé et nous tracasse encore, cest le manque dallumettes : cest triste à dire. Au milieu de tous ces feux croisés dartillerie et dinfanterie, de ces incendies de châteaux, de villages et de meules de paille , nous avons mille peines à nous procurer des allumettes. Nous employons des ruses de sauvages pour, modernes Vestales, entretenir le feu indispensable aux fumeurs.

 

Hier, jai réussi à me procurer 3 allumettes pour toute la Section. Nous avons établi un tour de fumerie et 2 allumettes ont suffi à contenter tout le monde. A ce propos, si tu disais cela à M. P.. , peut-être pourrait-il obtenir que les Femmes de France fassent parvenir une cinquantaine de boites dallumettes rouges, les plus pratiques en campagne. Tous les soldats leur en sauraient grand gré.

 

Donc nous dormons, nous fumons, nous mangeons aussi, dune façon un peu monotone, un menu qui na rien de trop varié ; mais nous ne demandons quune chose, que les mets soient chauds. A ce point de vue, none avons pas à nous plaindre actuellement, car la Compagnie se trouve à proximité du village où lon fait la cuisine . En effet, il est absolument interdit dallumer de feux à ciel ouvert, de peur de se faire repérer par les aéros .  De la sorte, quand on se trouve un peu éloigné de toute habitation on mange et on boit le café froid, ce qui na rien dagréable par ce temps qui est loin dêtre tropical . Jusquici nous navons eu que du rata, du bouilli, de la soupe et du café ainsi que du singe ; mais désormais les Compagnies pourront se procurer du chocolat, du fromage et des conserves (sardines, thon, etc.) . Chacun attend ces nouveaux mets avec une impatience que tu dois comprendre et je te promets bien que, même si les sardines sont importées dEspagne, cela ne mempêchera pas de les dévorer à belles dents.

 

Il n’y a pas que des choses terribles en guerre, il y a aussi le coté comique. Ainsi, l’autre jour (nous sommes à 200 mètres à peine des tranchées allemandes), nous entendons les Boches chanter. Pour les faire taire, nous tirons quelques coups de fusils sur leur talus. Figure-toi que ces animaux se sont mis à siffler ! Et d’un air de se fiche du monde ! Nous sommes tous partis d’un éclat de rire général.

 

Encore un autre fait : nous sommes tellement rapprochés que, quelquefois, dans la nuit, les cuisiniers allemands se trompent de route. Ainsi, lautre jour, deux dentre eux sont venus porter le « jus » dans la première tranchée de la 5e Compagnie. Comme tu le penses, ils ont été accueillis avec enthousiasme, le café a été accepté et exécuté séance tenante, tandis que les Boches étaient faits prisonniers. Ils nont dailleurs pas du tout lair fâché dêtre pris par nous. Ils en ont assez, eux aussi, et savent bien maintenant quils ne seront pas maltraités. Tous dailleurs tant quils sont ont lair de ne marcher que bourrés dalcool. Il est rare quon fasse un prisonnier qui ne soit pas plein comme une bourrique. Un uhlan, lautre jour, vient la nuit pour couper les fils de fer que nous mettons devant nos lignes ; il est blessé et fait prisonnier. La blessure est très superficielle et pourtant il ne tient pas debout. Quand le Major sest approché de lui pour le panser il lui a parlé en Breton , oui, tu lis bien, en Breton ! Cest dailleurs étonnant comme ils sont nombreux chez eux ceux qui savent le Français et cela nous joue de sales tours . Chaque fois quils savancent ou quils se voient pris, principalement la nuit, ils crient : « Ne tirez pas, nous sommes Français » et nous, de peur de tirer sur des camarades, nous ne tirons pas et nous faisons attraper.

 

Jai encore bien des choses à te raconter sur notre vie , mais que je ferai de vive voix. Quand ? A linstant, je reçois ta lettre. Quel plaisir et quelle chance ! En effet, je navais pas denveloppe, et la tienne va te retourner. La prochaine fois que tu mécriras, mets plusieurs enveloppes dans la lettre et quelques feuilles , ne crains pas de charger ; ici nous navons rien absolument, tout le pays est saccagé et dailleurs nous ne bougeons pas de notre trou, comme je te lai dit » .

 

22 mars 2022

JOSEPH MARIE OYONAX

Joseph Marie OYONAX est né le 28 janvier 1893 à Quimperlé dans le Finistère. Il exerce le métier de boucher lorsqu'il est appelé à effectuer son service militaire. Affecté au 19e régiment d'infanterie de Brest, il rejoint la caserne le 28 novembre 1913. A la déclaration de la guerre, il part pour le front. Le 13 septembre 1914, alors que le 19e RI poursuit les Allemands en retraite au Nord de Suippes, Joseph Marie Oyonax est blessé par des tirs ennemis et décède des suites de ses blessures. Il est inhumé dans la nécropole nationale de Suippes-Ville.

8 mai 2015

LE SOURIRE DE L'ESCOUADE

Rédigé au front par les Poilus, réalisé avec des moyens de fortune et dans des conditions souvent difficiles, les journaux de tranchées avaient surtout pour but de distraire le soldat.
Ces journaux de tranchées contenaient en général des articles évoquant la vie au front, des articles humoristiques, caricatures, poèmes, etc...
Pendant la première guerre mondiale, la majorité des régiments avait leur propre journal.

Le journal des tranchées du 19ème Régiment d'Infanterie s'appelait :
LE SOURIRE DE L'ESCOUADE

Ce journal eu une existence très éphémère puisqu'il ne parut que 6 numéros de juillet à octobre 1916. Pour connaitre l'histoire du " Sourire de l'escouade", c'est ici .
Je suis à la recherche de ces six numéros du " Sourire de l'escouade". Si vous possédez un de ces six numéros, n'hésitez pas à me contacter, même une copie me suffirait. Merci d'avance pour votre aide.

8 octobre 2009

PERTES DU 19e RI VERDUN 31 octobre 1916 au 31 décembre 1916

Aujourd'hui, quelques chiffres.
Dans un document de la 22e division d'infanterie figure un état des pertes du 19e régiment d'infanterie dans le secteur de Vaux-Damloup pour la période du 31 octobre au 31 décembre 1916.

Du 31 octobre au 10 novembre 1916 :

  • Blessés :  217
  • Malades :  51
  • Tués :      82
  • Disparus :  47
  • Soit un total de 397 hommes.

Nota : Le 19e RI est en première ligne et a pour mission de porter les lignes françaises jusqu'au village de Vaux. Période d'intenses combats sous de terribles bombardements.

Du 10 au 20 novembre 1916 :

  • Blessés :    91
  • Malades : 153
  • Tués :       15
  • Disparus :    0
  • Soit un total de 259 hommes.

Nota : Le 19e RI est relevé le 9 novembre par le 118e RI et va au repos à Haudainville jusqu'au 17 novembre ou il remonte en ligne dans le secteur du bois Fumin.

Du 20 au 30 novembre 1916 :

  • Blessés :   46
  • Malades : 171
  • Tués :       14
  • Disparus :    1
  • Soit un total de 232 hommes.

Nota : En ligne depuis le 17 novembre, pas de combats mais des bombardements incessants.

Du 30 novembre au 10 décembre 1916 :

  • Blessés :   14
  • Malades :  97
  • Tués :        9
  • Disparus :   0
  • Soit un total de 120 hommes.

Nota : Le 19e régiment d'infanterie quitte les premières lignes le 27 novembre et va au repos à Haudainville. Il remonte au front le 5 décembre, toujours dans le secteur du bois Fumin, ou il relève le 116e RI.

Du 10 au 20 décembre 1916 :

  • Blessés :   15
  • Malades :   58
  • Tués :        5
  • Disparus :   0
  • Soit un total de 78 hommes.

Nota : Le régiment participe à une attaque sur Hardaumont le 15 décembre. Le 16, il est relevé par le 116e RI et retourne au repos.

Du 20 au 31 décembre 1916 :

  • Blessés :   0
  • Malades : 37
  • Tués :      0
  • Disparus : 0
  • Soit un total de 37 hommes.

Nota : Le 26 décembre, il remonte en ligne relever le 62e RI dans le secteur d'Eix-Moulainville.

Au cours de ces deux mois, le 19e régiment d'infanterie aura eu :

  • 383 hommes blessés
  • 567 hommes malades
  • 125 hommes tués
  • 48 Hommes disparus
  • Soit 1123 hommes.

1123 hommes en deux mois ! Les chiffres sont éloquent et démontrent bien toute l'horreur de cette guerre.

19 avril 2008

TRAVAUX

Le 1er janvier 1915, après une visite des tranchées dans le secteur de La Boisselle, le général Eydoux commandant le 11e C.A. donne des ordres pour organiser le secteur:

- Occupation du chemin creux en avant du cimetière et du chemin de La Boisselle à Aveluy.
- Amélioration et réparation des tranchées existantes qui sont en très mauvais état du fait des pluies et des tirs ennemi.
- Création de parapets avec des sacs de terre.
- Organiser des abris résistant à des projectiles de 77 et de plus gros calibres.
- Donner une sépulture aux soldats tués près des lignes, notamment en avant du cimetière.
- Ramasser les armes,  munitions, havresacs, etc..., laissés lors des différentes attaques.

Quelques compagnies du 19e régiment d'infanterie sont envoyées, en renfort au 118e R.I, dans le secteur de La Boisselle effectuer ces travaux dans de très pénibles conditions. Sous les bombardements, de jour comme de nuit, les hommes creusent, réparent, consolident les tranchées tout en surveillant les tranchées adverses et repoussant les différentes attaques de l'ennemi.

23 mars 2008

APRES L'ATTAQUE DU 17 DECEMBRE 1914

Le 18 Décembre, le 19e régiment d'infanterie est envoyé en réserve de la 22ème division à Senlis et Henencourt.
Le 24 Décembre 1914, le cimetière et une partie du village de La Boisselle sont pris.
Le 9 Janvier 1915, le 19ème régiment d'infanterie reçoit sa première citation à l'ordre de l'armée, datée du 3 Janvier 1915.

Le général commandant la 2ème Armée cite à l'ordre de l'armée

Le 19e Régiment d'Infanterie

"Chargé, le 17 décembre, de l'attaque sur Ovillers, s'est porté en avant sur un terrain absolument découvert avec un entrain remarquable. En prise à des feux de face, d'écharpe et d'enfilade, a progressé quand même. S'est emparé à la baïonnette d'un blockhaus fortement organisé et des tranchées ennemies en avant du village. S'est maintenu toute la journée sous un feu violent d'infanterie et d'artillerie.
   S'était déjà fait remarquer à Maissin le 22 août, à Chaumont-Saint-Quentin le 27 août, à Lenharrée les 7 et 8 septembre, à Thiepval et à la cote 141 les 6 et 7 octobre 1914."

  Signé : Général De Castelnau

Complété par des renforts, le 19e R.I. s'entraîne et forme ses nouvelles recrues.
Mi-janvier 1915, il retourne sur la ligne de front ou il occupe le secteur sud de La Boisselle.

12 décembre 2011

YVES CORENTIN MARIE LE GUEN

Né le 26 octobre 1882 à Plouvorn (Finistère), Yves Corentin Marie LE GUEN est soldat de 2e classe au 19e régiment d'infanterie. Le dimanche 3 octobre 1915, le régiment occupe les tranchées face à la Brosse à dents dans le secteur de Tahure. Le bombardement ennemi est intense toute la journée. Victime d'un obus tombé sur son abri, Yves Corentin Le Guen meurt asphyxié.
Dans une lettre parue dans le livre " La dernière lettre écrite par des soldats tombés au champ d'honneur 1914-1918", le frère d'Yves, Jean Marie annonce la triste nouvelle à sa mère.

                                                        En campagne le 7 octobre 1915

                                       Ma chère mère

   Vous savez sans doute maintenant la triste nouvelle, puisque j'avais écrit à Tonton Louis pour lui demander d'aller vous annoncer cette nouvelle, qui a du vous fendre le coeur à tous. J'ai trouvé qu'il valait mieux ainsi que de vous écrire directement, vous auriez ainsi du moins quelqu'un pour partager votre douleur, et la douleur partagée en commun se supporte plus facilement. Mon pauvre frère a été tué dimanche 3 octobre. La veille, j'avais eu de ses nouvelles par un camarade qui lui avait parlé et il était toujours solide et confiant.
   Dimanche au soir, on est venu m'avertir qu'il avait été blessé grièvement. Je suis parti aussitôt pour aller le voir, mais en route on m'a appris qu'il avait été tué sur le coup. C'est Marc Gorrec, de Coat Crenn, qui se trouvait à ses cotés, qui m'a donné les détails de sa mort. Un autre camarade et lui s'étaient creusés un gourbi pour pouvoir se mettre à l'abri et se reposer un peu, et il y avait à peine une demi-heure qu'ils s'y étaient étendus qu'un obus est tombé en plein sur l'abri et les a ensevelis. Marc et les autres camarades qui se trouvaient à coté se sont empressés de les dégager, mais, dix minutes plus tard, quand ils ont réussi à les dégager, il était trop tard, ils étaient mort asphyxiés. Yves était couché sur le coté, les bras croisés sur sa poitrine, les yeux fermés, sans aucune blessure et nullement défiguré. Ils avaient été surpris dans leur sommeil et avaient été étouffés sur le coup. Il est du moins mort sans souffrir et n'aura pas eu le sort de beaucoup d'autres qui, blessés, ont du rester trois ou quatre jours sur le champ de bataille et mourir ensuite. Quand je suis arrivé là-bas, il était déjà enterré dans une tombe, tout seul, et non comme beaucoup d'autres qui sont enterrés dans le même trou. J'ai fait faire une croix sur laquelle j'ai fait inscrire son nom, sa compagnie, son régiment et la date de sa mort, d'un côté, en peinture et, de l'autre côté, son nom gravé avec une pointe rougie au feu. Il est enterré dans un petit ravin, à deux kilomètres environ au nord de Perthes, à droite de la route qui va de Perthes à Tahure. Prenez bien note de ces renseignements: vous pourrez ainsi le retrouver si je ne revenais pas moi-même et faire transporter son corps pour qu'il repose au milieu de la famille. Faites dire un grand service pour lui sans attendre que l'acte de décès vous arrive, car cela pourrait mettre du temps, surtout maintenant qu'il y en aura tant à établir. Ce n'est pas qu'il ait besoin de prières, car il est tombé un jour de victoire en faisant son devoir et il repose dans une terre reconquise aux Allemands par son régiment, et ou ils ne mettront plus jamais les pieds, et l'aumônier nous a répété bien des fois qu'il n'y a aucun doute à avoir sur le salut de ceux qui tombent en faisant leur devoir.
   A qui donc serait' il, le paradis, sinon à ceux là? Mais, et c'est surtout ce que je tiens à dire à mes frères et à mes soeurs, nous ne pourront jamais assez faire pour honorer la mémoire de celui qui nous a gagné du pain et qui était si bon pour nous. Je voudrais que des maintenant vous fassiez faire une belle tombe ou du moins une belle croix en sa mémoire parmi la famille ou on pourra le mettre un jour. J'ai reçu hier une carte de Tonton Jean qui me donnait sa nouvelle adresse. Je lui ai écrit aussitôt pour lui annoncer à lui aussi la triste nouvelle. Il trouvera cela bien dur aussi, car, comme moi, il est là-bas tout seul sans personne pour partager sa peine. Vous aussi vous aurez ce coup-là bien dur et rien ne pourra jamais vous consoler de la perte que nous venons de faire. Il nous reste cependant à tous une consolation, c'est de penser qu'il pourra un jour, quand cette terrible guerre sera finie, dormir son dernier sommeil au pays natal et que sur sa tombe nous pourrons aller lui dire que nous ne l'oublierons jamais. C'est la volonté de Dieu qui l'a rappelé à lui. Du haut du ciel, il prie maintenant pour ceux qui était sur la terre l'objet de ses préoccupations et pour ses camarades qui combattent toujours, car se sont les vivants qui ont besoin de prières. Priez pour nous tous et pour que cette terrible guerre finisse un jour.

                                                Votre fils dévoué qui vous embrasse pour lui et son frère
                                                                            Jean Marie

Jean Marie LE GUEN décédera des suites de ses blessures au Feld Lazaret de Fieulaine dans l'Aisne le 12 septembre 1918. Il était caporal au 123e régiment d'infanterie.

Marc GORREC, qui se trouvait au coté de Yves LE GUEN, trouvera la mort quelques jours après, le 7 octobre 1915 dans les combats pour la prise de Tahure.

 

 

1 mai 2007

LA RETRAITE - 29 aout au 5 septembre 1914

Fin août, le 11ème corps d'armée, dont fait partie le 19ème régiment d'infanterie, est affecté à la 9ème armée du général FOCH. La 9ème armée comprends le 9ème corps, le 11ème corps, la 42ème division et les 52ème et 60ème division de réserve.

Le 29 août, le 19e R.I entame la retraite par Chemery, Vendresse et s'arrête le soir aux environs de Marquigny, Louvergny.
Le 30 août, Tourteron, Ecordal, Attigny.
Le 31 août, la retraite continue par Coulomme, Pauvres, Leffincourt ou le 19e RI reçoit ses premiers renforts.
Le 1er septembre, Machault, Saint Etienne à Arnes, Saint Pierre à Arnes, Saint Hilaire le petit.
Le 2 septembre, Moronvilliers, Prosnes.
Le 3 septembre, toujours vers le sud, Livry, Louvergny, cantonnement dans la région de Juvigny sur Marne, La Veuve, Les Grandes Loges.
Le 5 septembre, Vatry, puis bivouac dans les bois du camp de Mailly.
Ces sept jours de marches furent très pénibles. L'armée Allemande est sur leurs talons. Les soldats sont épuisés, mal nourris, la dysenterie fait des ravages.

Le 6 septembre, on communique aux troupes la proclamation du général JOFFRE :

Ordre à toutes les armées

  " Au moment où s'engage une bataille dont dépends le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière. Tous les efforts doivent être employés pour attaquer et refouler l'ennemi.
   Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que reculer."

C'est la bataille de la Marne qui va débuter.

20 mai 2007

LES PERTES DU 19ème REGIMENT D'INFANTERIE

Extrait des cahiers du 19e RI.

Les pertes du 19e étaient lourdes.
D'après les renseignements recueillis auprès des commandants d'unité survivants, on arrive aux chiffres de 14 officiers, 38 sous-officiers, 753 caporaux et soldats, tués, blessés ou disparus.
7 officiers étaient tués : Les chefs de bataillon ROUSSEL et DE LAAGE ; les capitaine MARMAGNAN, ARCHAMBEAUD ; les lieutenant CREMAILH, BOURDET et SAGET.
On doit admettre que le nombre de camarades qui reposent aujourd'hui à MAISSIN doit être de 250 à 300 environ. Ils dorment maintenant leur dernier sommeil dans deux grands cimetières regroupés depuis la guerre et pieusement entretenus par nos amis Belges.

10 novembre 2014

EN ROUTE VERS LE FRONT

Le 19eme régiment d'infanterie quitte Brest le 8 août 1914. Dans les différentes gares traversées, les trains transportant le régiment sont acclamés par la foule. Dans la nuit du 9 au 10 août, le convoi passe en gare de Reims. Le 10 août, fin du voyage en train, une partie du régiment débarque à Challerange et le reste à Autry au sud de Vouziers. Ce meme jour, après une marche pénible de 15 à 20 kilomètres sous une chaleur torride, le 19e R.I s'installe à Longwé. Le 11 août, le régiment quitte Longwé pour se rendre dans les villages d'Autruche et Authe. Le 14 août, il se trouve à Osches et dans la soirée du 15 août, il cantonne a Maisoncelle. Le 16 août, le 19e R.I s'installe à Douzy ou il passe 4 jours a faire des excercices dans les champs bordant la Chiers, ainsi que des traveaux de défense sur les hauteurs de la rive droite de la Meuse. Le 21 août, le régiment quitte Douzy, traverse Pouru Saint Rémy et Pouru au Bois et passe la frontière Belge ou il est très chaleureusement accueilli par la population Belge. Le soir du 21 août, le 19e R.I cantonne dans un petit village Belge : Les Hayons. C'est au cours de cette soirée qu'il reçoit l'ordre de la IVe armée du général de Langle de Cary dont il dépends :  "Demain 22 août, la IVe armée entame son mouvement offensif vers le nord. L'ennemi sera attaqué partout ou l'on le rencontrera." "Le 11e corps d'armée opérant à l'ouest de la ligne Fays les Veneurs, Paliseul, Framont, Anloy, aura pour objectif MAISSIN."

 

12 juin 2011

INSTRUCTION POUR L'EXECUTION DE L'ATTAQUE DE L'INFANTERIE

XI° Corps d’Armée                                          Q.G, le 21 septembre 1915
22° Division
Etat-Major                                          
N° 3/21                     Instruction pour l'execution de l'attaque de l'infanterie
                                                                  ------

I – Dispositif d’attaque –
      -1°Troupes d’assaut
Les troupes d’assaut seront réparties en 4 vagues. Les deux premières vagues franchiront sans arrêt les tranchées de la première ligne ennemie et marcheront sur l’objectif prescrit. La troisième vague appuiera le mouvement des deux premières, en les renforçant au besoin. La quatrième vague fournira les nettoyeurs de tranchée.
La 44° brigade sera formée par régiments accolés, 19e R.I. à droite. Dans chaque régiment, les deux bataillons d’assaut seront placés l’un derrière l’autre, le bataillon de tête fournissant deux vagues de deux compagnies, le bataillon de queue fournissant une troisième vague de trois compagnies et une quatrième vague d’une compagnie.
La 43° brigade sera formée par régiments accolés, 62e R.I. à droite. Chaque régiment aura deux bataillon en première ligne, fournissant chacun la première et la deuxième vague constituées par deux compagnies en colonne par pelotons, et la troisième vague constituée par deux compagnies en ligne. Le troisième bataillon de chaque régiment fournira la quatrième vague de nettoyeurs, à répartir pour le nettoyage des lignes successives de tranchées.
En raison des entonnoirs qui rendent certains points de la 1ére ligne ennemie inabordable, les éléments des troupes d’assaut seront répartis dans les parallèles face aux portions de cette ligne qu’ils devront aborder.

     -2° Troupes en réserve
Le 118e R.I. aura un bataillon (trois compagnies) en réserve de brigade dans la place d’armes entre B5 et B6 à l’Est du bois des mitrailleuses. Le 19e R.I. aura un bataillon en réserve de Division dans la place d’armes entre B3bis et B4 à l’est de Perthes. Ce bataillon se mettra en liaison avec le poste Q.
Une compagnie, prélevée sur le bataillon en réserve du 118e R.I. aura pour mission spéciale l’attaque du saillant 467. Cette compagnie sera placée dans le dispositif d’attaque à gauche et à hauteur des première et deuxième vagues du 118e R.I., appuyant sa gauche au boyau B4 en liaison immédiate avec les première et deuxième vagues du 62e R.I. Elle assurera le nettoyage du saillant 467.

II – Rassemblement initial
Les deux premières vagues seront disposées dans la première parallèle, les deux autres vagues dans les deuxième et troisième parallèles. Les troupes seront portées de leurs bivouacs dans les parallèles par les boyaux, et en arrière des boyaux par des itinéraires soigneusement reconnus et jalonnés. Le détail de leur mouvement sera réglé par les généraux de brigade : La 43e brigade dispose des boyaux B1, B2, B3 et B3bis ; La 44e brigade dispose des boyaux B4, B5 et B6.
Toutes les troupes seront en place le jour N à 4 heures

III – Exécution de l’attaque
A l’heure fixée pour l’assaut, les quatres vagues se porteront en avant. Les deux premières se suivront à une distance d’environ 50 mètres. Chacune des deux dernières prendra au départ une distance d’environ 100 mètres de la précédente.
Les commandants de bataillons en première ligne marcheront avec la deuxième vague, les colonels avec la troisième vague.
Les compagnies de mitrailleuses de régiment marcheront avec la troisième vague. Les compagnies de mitrailleuses de brigade seront à la disposition du général de brigade. Il sera affecté à chaque compagnie de mitrailleuses une escouade de soutien avec outils de terrassiers.
Les bataillons en réserve viendront dès le départ des troupes d’assaut se déployer dans les parallèles, prêts à se porter en avant.
Les obstacles de la première ligne ennemie une fois dépassés, les unités constituant les troupes d’assaut élargiront leur formation de façon à souder leurs attaques pendant la marche sur l’objectif. Seules les compagnies de nettoyeurs de tranchées spécialement désignées (4e vague) pénétreront dans les tranchées et organisations défensives ; leur mission est d’en supprimer les défenseurs et les mitrailleuses. Le rôle de ces compagnies sera soigneusement réparti à l’avance, chacune devant connaître en détail la position des organisations ennemies dans laquelle elle devra opérer, de manière à n’en négliger aucune.
Dans ce but, chaque compagnie étant fractionnée en groupes, chaque groupe marchera par un boyau déterminé, en occupera les carrefours dans toute la profondeur défensive pour procéder au nettoyage des tranchées perpendiculaires, les groupes opérant tous dans le même sens jusqu’au boyau du groupe voisin, ce sens sera de la droite vers la gauche.

IV – Garde des tranchées
Pendant les 3 jours qui précèderont l’attaque, la garde des tranchées sera confiée au 22e régiment d'infanterie territorial, les soutiens seront constituées par le bataillon de réserve du 19e R.I. et le bataillon de réserve du 118e R.I qui auront chacun une compagnie dans leur place d’arme, les trois autres compagnies aux emplacements habituels des bataillons de soutien. Le commandement de la première ligne sera exercé par le colonel commandant le 22e régiment d'infanterie territorial.
Pendant les tirs exécutés sur la première ligne ennemie, les unités territoriales se retireront dans les abris des tranchées et parallèles.
A l’arrivée des troupes d’assaut, elles se grouperont dans les portions libres des parallèles.
Des le départ des troupes d’assaut, elles regagneront les tranchées de tir ; la compagnie disponible de chaque bataillon établira immédiatement les communications et passages au-delà de notre premièr ligne sous la direction du génie. A cet effet, tout les hommes de ces trois compagnies seront porteurs d’outils.

V – Génie
La 22e D.I. dispose des compagnies 11/2 et 11/3 bis.
La répartition de ces troupes fait l’objet d’une instruction spéciale du 13 septembre de la 22e D.I.
Il est rappelé que les dépôts du Génie de Perthes et du bois Jaune comportent chacun 1500 pelles et pioches, destinés à l’organisation de la position conquise.
Une section de chacune des compagnies 11/4 et 11/3 sera chargée du nettoyage des galeries de mine de l’ennemi, celle de la compagnie 11/4 au Trapèze, celle de la compagnie 11/3 du Trapèze exclus au nord de Perthes. Ces sections marcheront avec la quatrième vague.

                                            Le général commandant la 22e D.I.
                                                   Général Bouyssou
Source: SHD 24N430

4 août 2010

CITATIONS A L'ORDRE DE L'ARMEE

Suite aux événements du 7 février 1915 de nombreuses citations furent décernées aux soldats et officiers du 19ème régiment d'infanterie. En voici quelques unes:

Chef de bataillon VIOTTE
A fait preuve en toutes circonstances des plus belles qualités militaires, notamment le 7 février, en dirigeant une contre-attaque sur des excavations de mine occupées par les allemands et en lui imprimant une telle énergie qu'une seule compagnie de son bataillon réussissait à repousser l'ennemi en lui tuant 120 à 130 hommes.

La 8ème compagnie du 19e RÉGIMENT D'INFANTERIE
Chargée d'une attaque sur les entonnoirs de mines allemandes, s'est porté résolument en avant et après un feu rapide, abordant l'ennemi à la baïonnette, a obligé celui-ci à abandonner sa position, en laissant sur le terrain environ 200 morts.

Capitaine MAILHOL
Ayant reçu l'ordre de se tenir prêt à soutenir avec sa compagnie le mouvement de la 8ème, sur les excavations de mines allemandes, s'est porté personnellement auprès du commandant de la compagnie d'attaque, qu'il a accompagné pendant toute l'opération pour se renseigner sur ses besoins en renforts et pouvoir les satisfaire au plus vite. A été légèrement blessé à la tête par un éclat d'obus.

Sous-lieutenant GOASDOUE
Le 7 février, chargé de mener une attaque sur des entonnoirs de mines occupés par les allemands, a entraîné sa compagnie avec un brio remarquable, et, malgré les pertes éprouvées dans la nuit précédente par l'explosion des mines, a su la maintenir pendant deux heures sous un feu violent d'infanterie donnant à tous le meilleur exemple de courage.

Sous-lieutenant QUEMAR
Tombé glorieusement à la tête de sa section, le 7 février, au moment ou il occupait une position qu'il venait d'enlever à la baïonnette.

Adjudant CAUDAL
Dans la nuit du 6 au 7 février, était chef d'un poste avancé. Après l'explosion de trois fourneaux de mine allemands ensevelissant la moitié des hommes de sa section, n'a pas hésité à se porter en avant, avec les survivants, pour garnir la crête de l'un des entonnoirs et s'opposer à la marche en avant de l'ennemi. A résisté sur cette position avec la dernière énergie.

Adjudant SEVERE
Après l'explosion de mines allemandes dans un ilot dans la nuit du 6 au 7 février, s'est porté seul en avant par des boyaux à peu près impraticables afin de recueillir des renseignements précis sur la situation de notre tranchée avancée.

Caporal GUIZOUARN
Le 7 février a fait preuve d'une grande bravoure en se précipitant à la tête de son escouade dans l'entonnoir creusé en avant de la tranchée de première ligne par l'explosion d'une mine allemande, a été grièvement blessé.

Soldat BELLEC
Enseveli sous les décombres d'une explosion de mine dans la nuit du 6 au 7 février et dégagé par deux soldats allemands, a réussi à leur échapper et à rentrer dans nos lignes.

Soldats RAYMOND et LE GOFF
Ont, au mépris du plus grand danger, rapporté le corps de leur officier tué au cours d'un assaut à la baïonnette le 7 février. (ndlr: Il doit très certainement s'agir du Sous-lieutenant Quémar)

4 juillet 2010

A LA CONQUETE D'UNE TRANCHEE

Trouvé dans le journal "La croix des Côtes du Nord", cet article reproduit le courrier d'un sergent du 19e régiment d'infanterie à ses parents. Cette lettre relate les événements du 8 février 1915 que j'évoque dans l'article du 27 février 2010 "La guerre des mines".

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A LA CONQUÊTE D'UNE TRANCHÉE
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Millencourt, le 13 février 1915

      Chers parents

J'étais arrêté dans ma dernière lettre du 6 février. La journée avait été calme et le temps relativement beau. Nous étions en première ligne depuis la veille au soir et nos tranchées étaient à 40 mètres des allemands. Comme d'habitude, quelques coups de feu avaient été échangés dans la journée.
Depuis près de trois semaines, le génie français préparait des puits de mines pour enlever une tranchée allemande en avant de nous. De leur coté, les allemands faisaient la même chose. Le dimanche, nous devions opérer.
Or, le samedi soir, à onze heures une détonation formidable retentit. C'était les allemands qui venait de faire exploser notre tranchée occupée par la 8e compagnie. Panique générale. La section de la 8e qui tenait la tranchée saute en l'air et le reste revient en arrière pendant que les allemands prennent notre place. Des coups de feu sont échangés sur toute la ligne. Notre artillerie donne pendant quelques minutes, puis le silence se rétablit. La 8e compagnie est obligée de se replier un peu en arrière.
Le lendemain matin, on se rendit compte de la situation. Les soldats du génie qui creusaient un puit de mine aidés par vingt soldats du bataillon étaient ensevelis sous les décombres. Quand à ceux qui avaient sautés, ils étaient indemnes. L'explosion avait soulevé trois tas de terre d'environ six mètres de haut et de huit à dix mètres de large. C'est à ne pas y croire que de voir un amas semblable produit par la mélinite. C'est effrayant.
Le dimanche matin arrive. Temps superbe, soleil radieux. Excellent déjeuner servi sur une table improvisée composée d'une planche reposant sur deux seaux. Nous finissons à peine de dîner que le capitaine nous avertit que nous allons attaquer dans quelques heures. C'est plutôt mauvais comme dispositif. Le général de division avait donné ordre à la compagnie qui avait perdu la tranchée de la reprendre coûte que coûte. Ma compagnie devait marcher comme renfort si la 8e échouait. Alors tous nous nous préparons, nous mettons de coté les papiers personnels important que nous laissons dans notre sac en cas de retour. Ce n'est pas gai. Nous étions tous là, baïonnette au canon, attendant l'heure de l'assaut.
A quatre heures, notre artillerie, pendant quelques minutes, fait donner toutes ses batteries de 75, 105 et 120 sur La Boisselle. C'est un vacarme effroyable. Au bout d'un quart d'heure, une section de la 8e compagnie part sans faire de bruit, dans le boyau conduisant au bas de la butte de terre soulevée par la mine et derrière laquelle s'établissent les allemands. Arrivés au pied de la levée de décombres, la section pousse un cri: En avant ! A la baïonnette ! et gravit le tas de terre. Une cinquantaine d'homme du génie allemand travaillent derrière la butte. Ils sont tous passés par les armes, et la section, revenant en arrière, s'établit un abri sous le feu. Aidée par les trois autres sections, elle établit une sorte de tranchée.
Pendant cet assaut, ma compagnie avait gardé sa position et attendait pour intervenir. Point ne fut besoin. Nous essuyâmes simplement le feu de l'artillerie allemande. Plusieurs marmites nous envoyèrent de la terre sur nos képis. Trois de mes hommes furent blessés par balles en levant leur tête au-dessus de la tranchée.
Le soir, à huit heures, ma compagnie remplace la 8e sur l'emplacement pris d'assaut. C'est ma section qui prend la position. Toute la nuit, nous nous y sommes fortifiés et, craignant une contre-attaque, nous étions sur nos gardes. Mais ces messieurs n'osèrent pas s'y frotter.
J'avais auprès de moi un soldat mort à l'attaque et le mardi à cinq heures du matin, je prends deux hommes avec une pelle et une pioche, puis ,nous creusons une fosse. Je fais fouiller le mort: c'est un nommé R......... de H...... Quand la fosse est faite, nous le mettons dedans, puis je réunis six hommes et, à genoux, tête découverte, je récite le "de profundis" que mes hommes répondent. Je vous assure que c'était un spectacle bien impressionnant de nature à toucher même les plus indifférents. Nous recouvrons de terre noire l'infortuné camarade, puis je plante une croix faite par moi sur le sommet de sa tombe. J'y avais mis cette inscription:
Ici repose H.............. R............. du 19e d'infanterie, mort au champ d'honneur. Prions pour lui.
Dans la matinée, j'ai enterré deux autres soldats tués la veille et à chacun, nous fîmes le même cérémonial.
Que de réflexions salutaires donnent de tels spectacles !
Nous avons occupé cette position toute la journée et nous nous sommes fortifiés sérieusement. Le lendemain, nous sommes partis en deuxième ligne et avons pu nous reposer un peu la nuit.
Le mardi soir, nous étions relevés et nous sommes à Millencourt pour six jours. Quelle réjouissance de pouvoir se refaire un peu !

 

R. P.......... Sergent au 19e d'infanterie

 

 

 

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