01 septembre 2011

25 SEPTEMBRE 1915 - A L'ASSAUT

Brosse à dent Le 25 septembre 1915 à 9 heures 15, les soldats s'élancent à l'assaut précédés par le tir de barrage roulant exécuté par l'artillerie.
Bénéficiant de l'effet de surprise, les 10e (1ere vague), 11e et 12e (2e vague) compagnies du 19e RI franchissent les tranchées du Trapèze malgré la résistance de quelques ilôts ennemis. La 4e compagnie (3e vague d'assaut) réussit à rejoindre rapidement ces trois compagnies. Le commandant Wolf, chef du 3e bataillon est tué. Privé de leur chef, les troupes continuent à avancer, comme l'ordre en avait été donné, mais dans la plus grande confusion, sans aucune cohésion. Ils parviennent à la Brosse à Dents vers midi ou ils se mêlent aux soldats du 118e RI (régiment qui attaquait à la gauche du 19e RI).

Faisant partie de la 1ere vague d'assaut, la 9e compagnie part à l'offensive à l'aile droite du 19e RI. Elle ne connait pas le succès des 10e, 11e, 12e et 4e compagnies car, à sa droite, le 65e RI est refoulé sur ses tranchées de départ. Ce recul découvre le flanc droit du 19e RI. De ce fait, la 9e compagnie, parvenue à la première tranchée ennemie se trouve prise sous les tirs allemands qui l'oblige à se replier sur la tranchée de départ. La 1ere compagnie (3e vague), qui suit la 9e, subit le même sort.

De son côté, la 2e compagnie (3e vague) accompagnée d'une section de Point 477 Trapèzemitrailleuses, suit la 10e compagnie. A l'Ouest du point 477, elle est arrêtée par une forte résistance de l'ennemi dans la dernière tranchée du Trapèze. A ce moment là, elle est attaquée par derrière par des groupes de soldats allemands qui s'était cachés dans leurs abris lors du passage de la première vague d'assaut. Au même instant, elle est aussi attaquée sur son flanc droit. De furieux combats à la grenade ont lieu. Encerclés, les survivants de la 2e compagnie sont faits prisonniers.

Formant la dernière vague d'assaut, la 3e compagnie nettoie à la grenade les tranchées franchies par les deux premières vagues. Les points de résistances ennemis sont réduit au silence par d'acharnés combats au corps à corps. De nombreux prisonniers sont faits. Du côté de la mamelle Sud, la résistance allemande est opiniâtre. Rejoints par quelques éléments de la 2e compagnie et menacé de subir le même sort que celle-ci, la 3e compagnie se replie aussi sur la tranchée de départ.

Craignant une contre-attaque, le commandement donne ordre aux trois compagnies (1ere, 3e et 9e) revenues à la tranchée de départ ainsi qu'au colonel Albert, commandant le 19e régiment d'infanterie, de rester sur place. Ils y resteront toute l'après-midi du 25 septembre sans aucunes nouvelles des autres compagnies du régiment.

Placé en réserve du 11e Corps d'Armée, le 2e bataillon du 19e RI, commandé par le commandant Fohanno, est Point 188alerté à 9 heures 45. Il quitte sa position de départ à 10 heures en direction du point 188 en suivant la route de Perthes les Hurlus-Tahure sur les pas de la 43e brigade d'infanterie (62e et 116e RI). Vers 11 heures, un nid de mitrailleuses placé à l'Est du boyau Heine et à 100 mètres au Sud du bois des Artilleurs arrête la progression du 2e bataillon. Le lieutenant Picard et sa section de la 7e compagnie sont tués. Après avoir réduit au silence ce nid de mitrailleuse, la troupe reprend sa marche en avant pour arriver au point 188 en début d'après-midi. Vers 14 heures 15, il repart en avant tout en nettoyant les ilots de résistance allemands situé à l'Est de la route Perthes les Hurlus-Tahure pendant qu'un bataillon du 116e RI se charge de ceux situés à l'Ouest. A 17 heures, le 2e bataillon reçoit l'ordre d'appuyer le 2e bataillon du 118e RI qui doit marcher sur Tahure. Le mouvement est arrêté par la nuit tombante.

Point 765 et 6774Les 1ere, 3e et 9e compagnies, relevées par des territoriaux, quittent la tranchée de départ pour rejoindre le gros du régiment dans la soirée. Le 19e régiment passe la nuit sur ses positions sous la pluie qui ne cesse de tomber. Le bataillon Fohanno se trouve au point 6774 tandis que les 4e, 10e, 11e et 12e comapgnies sont de le boyau de Tahure au niveau du point 765. Nuit étrangement calme, à peine quelques coups de canons. Les officiers en profitent pour tenter de rassembler leurs hommes qui, dans le feu de l'action, se sont retrouvés mélangés avec ceux des 62e, 116e et 118e RI.

Les extraits de cartes proviennent du JMO du 118e RI que vous pouvez lire ici => http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-viewer/26_N_682_013/viewer.html
La carte se trouve page 5.


24 juillet 2011

DANS LES PARALLELES DE DEPART

Massés dans les parallèles de départ, sous la pluie qui ne cesse de tomber, la nuit parait interminable pour les hommes du 19e régiment d'infanterie. Les 700 mètres de leur secteur d'attaque (le plus étendu de la 22e D.I) s'étend, de gauche à droite, du boyau d'Erfurth au point 479. Face à eux, les deux mamelles, stratégiquement importantes pour l'ennemi qui s'y est solidement retranché, domine le terrain. Entre la parallèle de départ et les deux mamelles, se trouve le Trapèze ensemble de tranchées couvert de réseaux barbelés.
Après avoir franchi ces trois positions, le 19e régiment d'infanterie, passant par le ravin de la Goutte et la Brosse à dents, doit participer à la prise de Tahure, objectif de la 22e division d'infanterie pour ce 25 septembre 1915.
Les compagnies sont placées dans leurs ordres de départ.
Le 3e bataillon, commandé par le commandant Wolf, est dans la parallèle 1. Le 1er bataillon, commandé par le commandant Lesdos, se trouve dans la parallèle 2. Le 2e bataillon, commandé par le commandant Fohanno, est placé en réserve de la 22e D.I en arrière du bois violet (point 463).
les troupes d'assaut sont réparties en quatre vagues :
Le 3e bataillon forme les deux premières vagues, 9e et 10e compagnies en tête, suivies à 50 mètres de distance par les 11e et 12e compagnies.
Viennent ensuite les 1er, 2e et 4e compagnies, du 1er bataillon, formant la 3e vague qui suit la 2e à 100 mètres et renforcés par la compagnie de mitrailleuses.
S'élançant à 100 mètres derrière la 3e vague, la 3e compagnie, commandée par le capitaine Jegaden, forme la 4e vague.
La mission des deux premières vagues d'assaut est de franchir, sans s'arrêter, les tranchées ennemies en se dirigeant sur l'objectif sans se préoccuper des liaisons avec les unités voisines, sauf si le décalage avec ces dernières expose leur flanc aux tirs ennemis.
La 3e vague soutient les deux premières et les rejoint si nécessaire.
La 4e vague est chargée du nettoyage des tranchées ennemies que les précédentes vagues ont franchis sans s'arrêter.

 

23 août 2009

LE COMMANDANT DU CREST

 

du CREST Jean Jacques Etienne

Né le 27 mars 1863 à Bourbon Lancy (71) Jean Jacques Etienne DU CREST est élève à l'école spéciale militaire de Saint Cyr de 1884 à 1886, promotion de Fou Tchéou.
Nommé sous lieutenant au 41e régiment d'infanterie de Rennes le 1er septembre 1886, il passe au 116e régiment d'infanterie de Vannes le 25 septembre 1890 avec le grade de lieutenant. En 1897, il est promu capitaine. Après un bref passage de 2 mois au 118e régiment d'infanterie de Quimper, il passe au 137e régiment d'infanterie de Fontenay le Comte le 26 mai 1897. C'est dans ce régiment que Jean Jacques Etienne DU CREST effectuera la plus grande partie de sa carrière, 16 ans. Il est promu capitaine adjudant major le 16 janvier 1907 et reçoit la légion d'honneur en 1910.
Fin septembre 1913, nouvelle promotion, il devient chef de bataillon et est muté au 19e régiment d'infanterie de Brest ou il prend le commandement du 1er bataillon à la tête duquel il participera à la terrible bataille de Maissin le 22 août 1914.
Quelques jours plus tard, dans le cadre de la mission du 11e Corps d'Armée qui est d'empêcher les allemands de passer la Meuse, le 19e régiment d'infanterie défend les ponts de Sedan. Au cours de cette mission que le chef de bataillon Jean Jacques Etienne DU CREST sera grièvement blessé le 26 août 1914. Transporté à l'ambulance Pajot, il succombera à ses blessures le lendemain.
Pour son action au cours de ces combats de Sedan, Jean Jacques Etienne DU CREST sera cité à l'ordre de l'armée :
" Chargé de la défense de ponts, le 25 août, a maintenu jusqu'au dernier moment son bataillon sous un feu meurtrier. Est tombé mortellement atteint au ventre au cours de l'action. "
Jean Jacques Etienne DU CREST repose dans la nécropole nationale de Sedan - Torcy.
DuCrestDu_Crest_MDH

 

 

 

 

 

Merci à Mr Desplanches pour ses renseignements et la photo du commandant DU CREST.

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15 décembre 2008

EMILE MADEC dit MILEC

MADEC_Emile

Né à Pont-Aven le 23 juillet 1891, fils d'un artisan peintre, il fait des études de peinture à l'école Siber de Melun. Emile Madec est incorporé au 19e RI le 9 octobre 1912. Soldat de première classe le 18 juin 1913, il redevient soldat de 2e classe sur sa demande le 8 novembre 1913 et ce même jour est classé dans le service auxiliaire. Le 5 décembre de la même année il est soldat infirmier.
Classé dans le service armé le 10 août 1914 il est caporal infirmier au 2ème bataillon, 3ème puis 2ème compagnie, subdivision de Quimper numéro de matricule 2333.
Emile Madec participe à toutes les campagnes du 19ème Régiment d'Infanterie. Il illustre par des dessins les différentes manifestations récréatives de son régiment : programmes des concerts de la musique, des repas de fêtes...avec l'aide de son ami Maurice Marchand.
Blessé au "poste de secours du Ressaut, près de Oulches dans le secteur du Chemin des Dames" , il décède des suites de ses blessures le 7 mai 1917 à 5h30 à l'ambulance 12/20.
Emile Madec est enterré, non loin, au cimetière militaire d'Oeuilly (Aisne).

Françoise Le Pautremat dite Soizick, petite nièce d'Emile Madec.

Fiche_MDH

Madec E

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Citations et décorations :
- Caporal infirmier depuis le début de la campagne s'est montré d'un courage au dessus de tout éloge devant Verdun dans la journée du 17 avril 1916 soignant des blessés sous un bombardement d'une violence extrême sans abri et assurant leur évacuation.
Citation au régiment n°329.

- A fait preuve, en même temps que de hautes qualités professionnelles, du plus grand courage, en se portant lui même au secours de blessés dont le transport était rendu impossible par des tirs de barrage. Citation à l'ordre de la 44e Brigade n°58 datée du 9 novembre 1916.

- Brave caporal qui a toujours fait son devoir. Mort pour la France le 7 mai 1917 des suites de ses blessures reçues à son poste de combat.
JO du 2 décembre 1920.

- Croix de guerre avec étoile de bronze.

Grands mercis à Soizick et Pierre Le Pautremat pour leur aide et leur collaboration qui m'est très précieuse pour retracer l'histoire du 19e RI et de ses hommes.

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14 octobre 2008

LE CAPITAINE DESCHARD

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Louis Marie Edouard Albert DESCHARD naît à Laval le 14 novembre 1882. Après ses études à Saint Cyr, promotion du Sud Oranais (1902-1904) il est nommé sous-lieutenant au 19e régiment d'infanterie de Brest en 1904. Promu lieutenant en 1906, il commande la section de mitrailleuse du 2e bataillon du 19e RI lorsque surviens la guerre. Louis DESCHARD est nommé capitaine à titre temporaire peu de temps avant la Bataille de la Marne ou il trouvera la mort.
Le 8 septembre 1914, à LENHARREE, la section de mitrailleuse du capitaine DESCHARD est en position sur le remblai de la voie ferrée, à proximité du passage à niveau de la gare situé à moins d'un kilomètre en arrière de Lenharrée. Très tôt ce matin là, débute un terrible bombardement suivi de l'assaut des troupes Allemandes. Ses hommes ayant tous été mis hors de combat, le capitaine Louis Deschard prend position à la mitrailleuse, tirant et chargeant lui-même. C'est la qu'il sera tué d'une balle en pleine poitrine.

Citation à l'ordre du Corps d'Armée du 16 avril 1915
Le capitaine Louis DESCHARD
A montré ,dans tous les combats, un mépris absolu du danger.
A Lenharrée, le 8 septembre, a maintenu sa section sous un feu meurtrier. Après la mort de ses tireurs, a servi lui-même sa pièce avec un sang froid admirable. Est tombé mortellement frappé.
La croix de Chevalier de la Légion d'Honneur lui a été décernée à titre posthume.

Quelques mois plus tard, son épouse vint à Lenharrée reconnaître le corps du capitaine Louis Deschard et assistera a ses obsèques qui furent célébré dans l'église de Lenharrée très endommagée par les combats livrés par le 19e RI les 6, 7 et 8 septembre 1914. Inhumé dans un premier temps dans le petit cimetière de Lenharrée, son corps a été transféré, après la guerre, à la nécropole de Fère-Champenoise ou il repose toujours de nos jours.

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Hugues, Louis et Raymond DESCHARD
Merci à Jacques DESCHARD pour cette photo.

Louis DESCHARD avait 4 frères officiers comme lui.
Jules, capitaine au 41e RI, blessé et fait prisonnier en Belgique le 22 août 1914.
Raymond, capitaine au 118e RI, tué à l'ennemi le 3 septembre 1914 à Louvercy.
Hugues, lieutenant au 118e RI, blessé à Maissin le 22 août 1914.
Jean, sous lieutenant au 169e RI, tué à l'ennemi le 11 septembre 1914 à Champremont.
Trois des cinq frères DESCHARD sont mort au combat la même semaine de septembre 1914...
Son cousin Paul DESCHARD, lieutenant au 19e RI a été fait prisonnier à Maissin le 22 août 1914.

 

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16 septembre 2008

CHANGEMENT DE COLONEL

En février 1915, le colonel CHAPES est nommé commandant de la 50e Brigade (16e et 98e RI).
Commandant le 235e RI de Belfort depuis la mobilisation, le colonel MARC ALBERT est désigné pour le remplacer à la tête du 19e régiment d'infanterie.

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   Colonel Marc ALBERT

 

11 décembre 2007

LE SOUS LIEUTENANT SAGET

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Albert SAGET est né le 8 mars 1892 à Landevennec. Elève à Saint Cyr, il fait partie de la promotion de Montmirail 1912-1914.
Nommé sous lieutenant au 19ème régiment d'infanterie, il quitte Brest avec celui-ci en août 1914.
C'est pendant la bataille de Maissin, le 22 août 1914 que le sous lieutenant Albert SAGET fut mortellement touché. Blessé au bras lors de l'assaut du village et malgré les conseils d'un de ses sous-officiers qui l'engageai vivement à se retirer, il répondit "Jamais, je resterais avec mes hommes. Je leur dois de mourir avec eux." Saisissant son képi de sa main valide, il l'agitât en poussant ce cri "En avant les gars du 19e " Il avait à peine prononcé ces paroles qu'une balle au coeur l'étendit mort sur le champ de bataille.
Le sous lieutenant Albert SAGET a reçu une citation à l'ordre de l'armée :

"Est tombé glorieusement à la tête de sa section alors qu'il l'entrainait sous le feu meurtrier à l'assaut de Maissin le 22 août."

Il à reçu, à titre posthume, la croix de guerre et fut nommé chevalier de la légion d'honneur.

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Source :Mémoire des Hommes

 

 

 

 

Merci à Christian L. pour sa collaboration

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08 septembre 2007

LE MONUMENT DES BRETONS A LENHARREE

Il y a 93 ans, ce 8 Septembre, le 19ème régiment d'infanterie livrait ses derniers combats à Lenharrée avant de se replier en direction de Fère Champenoise et connantray.
En cette occasion, je vais vous présenter le "monument des Bretons" qui se trouve dans le cimetière attenant à l'église de Lenharrée.

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Parmi les nombreuses victimes du 19e R.I. pendant ces trois jours de combats à Lenharrée, quelques braves sont cités sur ce monument. 

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Louis Marie Albert DESCHARD, capitaine, section de mitrailleuses, tué au combat le 8 Septembre
Lucien Désiré LESCOËT, sous lieutenant, tué au combat le 8 Septembre
Adrien Louis GANDON, sergent fourrier, tué au combat le 8 Septembre
Henri GAY, sous lieutenant, tué au combat le 7 Septembre
Jean Louis Marie LE THIEC, adjudant, tué au combat le 8 Septembre
Auguste Eugène Marie KEROMNES, sergent, tué au combat le 8 Septembre
Charles François CALVEZ, caporal, tué au combat le 8 Septembre
Charles Pierre Emile COAT, caporal, tué au combat le 8 Septembre
Lucien François PENTHER, soldat, tué le 7 Septembre
Pierre Aimé PENNEC, soldat, tué le 7 Septembre

Louis Eugène BRODHAG, tué au combat le 8 Septembre, était sous lieutenant au 225ème R.I.

17 juin 2007

LE TEMOIGNAGE DU SERGENT PENTHER

Charles Penther est sergent à la 11ème compagnie du 19e régiment d'infanterie. Voici son témoignage sur l' attaque Allemande du 8 septembre 1914.

" Ma compagnie était placée, si on regarde vers l'est, à 300 mètres environ de la station, à gauche, en une excavation caractérisé par un passage de caniveau sous la voie ferrée. Vers 4 heures du matin, quelques obus nous sortent brusquement de l'état de léthargie où nous avait plongés notre immense fatigue. Nous prenons rapidement position sur le talus de la voie ferrée d'où, bien qu'il fasse à peine jour, on découvre la plaine en avant de nous, entre Lenharrée et nous. Mais quoi ! C'est une cohue et la plaine grouille de troupes qu'il est impossible d'identifier. Des officiers près de moi commandent le feu : ils croient avoir reconnu les Allemands ; d'autres crient à la méprise et essaient de faire cesser le feu ; ils croient avoir reconnu des uniformes français. A la vérité les uns et les autres ont raison, mais les ordres contradictoires jettent le trouble parmi nous. Je suis d'ailleurs amplement renseigné, car j'ai entendu distinctement, tant les Boches déployés en tirailleurs sont déjà près de nous, les ordres en langue allemande que lançaient les officiers. Dans l'intervalle, le jour s'est levé. Et la situation, déjà critique, achève de se gâter tout à fait : vers 7 heures du matin, nous nous apercevons que des balles, en arrière de nous, au dessous de nous, font voler en éclats les pierres du remblai : des mitrailleuses Boches se sont insinuées à droite et à gauche à la faveur du désordre de la nuit, et nous canardent dans le dos. Plus de doute, l'ennemi a débordé les positions de Lenharrée. Au moment où nos officiers s'aperçoivent que nous sommes cernés, deux solutions se présentent et j'entends, entre eux, tout près de moi, leur discussion rapide pour l'adoption de telle ou telle ligne de conduite : la charge à la baïonnette pour nous dégager ou le repli vers les bois à travers 500 mètres de plaine. La charge est d'abord adoptée car nous mettons baïonnette au canon, et nous nous préparons à traverser la voie ferrée ; puis la deuxième solution l'emporte. Le 19e (et d'autres débris disparates de régiments qui composent la précaire défense de la voie ferrée) quitte sa position et se jette en plaine... Le Boche grimpe aussitôt sur le talus et, comme à la cible, tire à répétition sur nous. Un vrai massacre. Je ne sais comment j'y échappai, étant parti dans les tout derniers. Le fait est que j'en fus quitte pour une simple balle dans le poignet et, à la distance où je me trouvais des tireurs, j'aurais pu tomber plus mal. Les bois devant nous étaient bombardés, mitraillés. Il pleuvait des shrapnells et des balles de partout. Ce pauvre Lenharrée, que nous avions victorieusement défendu pendant trois jours, l'ennemi maintenant en était maître."

Source : Charles Le Goffic-La Marne en feu

26 mai 2007

LA BATAILLE DE LA MARNE-LENHARREE

 

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Le   11ème Corps d'Armée doit s'établir défensivement de Morains le petit à Lenharrée, pour barrer à l'ennemi les routes venant de Chalons et de Vertus.
Le 6 septembre 1914, sur les ordres du général EYDOUX, la 22ème Division prends ses positions. La 44 ème brigade (19e RI et 118e RI) tient le front de Normée exclus à Lenharrée inclus. La 43 ème brigade (62e RI et 116e RI) couvre le flanc droit.
Le lieutenant colonel MAGNAN, qui vient de prendre le commandement du 19 ème régiment d'infanterie, place les 1er et 3ème bataillons avec deux sections de mitrailleuses en avant du village de Lenharrée. La 7ème compagnie s'installe dans le cimetière et sert de liaison entre les deux bataillons. Le reste du régiment s'établit en réserve derrière le remblai de la voie ferrée. Le 118e RI se positionne dans les bois au sud de Normée.

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Coll B. GarandeauA gauche, les positions des régiments : les rectangles noirs représentent les régiments allemands, les blanc les français.
Source :R. Vilatte- Foch à la marne

 

 

Photo de droite : Patte d'épaule portée par les soldats allemands de l'IR 177. C'est ce régiment qui faisait face au 19e régiment d'infanterie. Source : Collection Bertand Garandeau

 

Les différentes unités sont en place vers 10 h. Sous une chaleur étouffante, les heures passent, angoissantes. Vers 14 h, une attaque de 150 cavaliers Allemands est repoussée.

bat_marne

En conséquence des ordres du général FOCH, qui ordonne, pour la journée du 7 septembre, au 11ème corps d'armée de maintenir ses positions et d'attaquer l'ennemi, le général EYDOUX donne les ordres suivants :   
        " Avec l'appui de l'artillerie, la 21ème division d'infanterie s'efforcera de reprendre Morains le petit-Ecury-Normée.
La 22ème division d'infanterie appuiera l'attaque de la 21ème division et tiendra solidement Lenharrée."
Or, des le matin, les Allemands attaquent, empêchant l'action offensive du 11ème corps d'armée.
A Lenharrée, le bombardement est très intense, les combats sont violents. Malgré plusieurs assauts ennemis, le 19ème Régiment d'Infanterie se maintient, non sans de fortes pertes. Les tirs des 75 Français ont permis a deux reprises de repousser les assauts Allemands. A aucun moment de la journée, ceux ci ne pénétreront dans le village de LENHARREE.
Vers 19 heures, le 19e R.I. reçoit un message du général PAMBET, commandant la 22ème division :
"J'adresse toutes mes félicitations au 19e RI pour sa glorieuse conduite. Je mets à votre disposition un bataillon du 62e R.I. et un bataillon du 116e R.I. Toute la ligne passera à l'offensive le 8 à 4 heures du matin."
Le colonel MAGNAN ordonne aux bataillons des 62e et 116e R.I. de relever les unités du 19ème RI en avant de Lenharrée. Le 19ème régiment d'infanterie se reforme le long de la voie ferrée pour prendre un repos bien mérité avant de repartir à l'attaque prévue à 4 heures du matin.
Mais cette offensive n'eut pas lieu car, vers 3h30 le 8 septembre, les Allemands déclenchent un bombardement intense sur Lenharrée et passent à l'attaque. Ils prennent le village et parviennent à la voie ferrée ou se trouve le régiment. Après de furieux combats, le 19e RI, comme le reste de la 22ème division d'infanterie, se replie sur Fere Champenoise et Connantray. Rejoint par la 18e division d'infanterie qui arrive en renfort, le 11e C.A livre de durs combats sur le plateau d'Oeuvy ou il subit de fortes pertes, puis se replie sur Corroy, Gourgançon, Semoine.
Le 9 septembre, la 22ème D.I. suit le mouvement de la 18e D.I. en direction de Montépreux. La 44ème brigade (19e et 118e R.I.) occupe le secteur de Haussimont, Sommesous ou elle livre des combats avec l'arrière garde de l'armée Allemande.
Le 10 septembre, la 22e D.I. se porte à Breuvery sur Coole et Nuisement sur Coole.
Le 12 septembre, elle traverse Chalons en Champagne, Saint Etienne au Temple et Fontenelle ou le 19e régiment d'infanterie bivouaque le soir.
Le 13 septembre, le 19e R.I. passe par la ferme des Vacques et cantonne à la côte 165 au nord de Suippes.
Le 14 septembre, le régiment se porte à Sillery ou, avec la division Marocaine, il prend position près du fort de la Pompelle.
Le 21 septembre, se trouvant à Rilly, le 19ème régiment d'infanterie prends connaissance de l'ordre d'évacuation du 11ème C.A., dont il fait partie. Le 11ème C.A. est rattaché à la 2éme Armée du général de Castelnau. Le régiment rejoint Compiègne à marche forcée ou il est embarqué, le 22 septembre, en chemin de fer pour Amiens dans la Somme.