22 février 2016

TEMOIGNAGE DE JEAN COTE

Vaux - Fort

« C’était à Verdun, dans le secteur du fort de Vaux. Il fallait que je monte au fort tous les soirs. Le sergent-major me dit : « Il y a là deux caporaux qui reviennent de permission, tu vas les ramener en ligne. » Je les emmène donc avec moi. Ah ! Malheureux ! En arrivant en face des batteries de l’Hôpital, juste en face du fort de Vaux, on a pris un bombardement terrible. Alors on n’y voyait que du feu. Il y a des fois où on dit qu’on ne voit que 36 chandelles, là, je ne voyais que du feu ! Les gars marchaient un de chaque côté de moi et moi au milieu. Je me suis jeté à terre. Quand je me suis relevé, qu’est-ce que je vois ? Un porte-monnaie par terre et une jambe un peu plus loin, c’est tout ce que j’ai vu. J’étais à peu près loin comme d’ici l’embranchement qui va d’ici au Désert. J’arrive au fort. Il y avait là Thébaut qui était un gars de Plémy. Je cherche un coin pour m’asseoir. Je les entendais bien causer mais je ne pouvais pas répondre. Ils se demandaient ce que j’avais. Les voilà tous autour de moi. Il paraît qu’au bout de 20 minutes, je suis revenu à moi. Alors je leur ai dit : « Voilà un porte-monnaie. » « Mais les gars qui étaient avec toi ? » « Mon vieux, il ne restait qu’une jambe d’eux, ils ont été complètement déchiquetés. » Sûr que ça m’avait commotionné… »
© Enregistrement oral, 1980, Fonds René Richard.
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Jean Cote, classe 1911, de Plémet (Côtes d'Armor), incorporé au 19ème R.I. de Brest est agent de liaison. Il y fait toute sa guerre sans jamais être blessé. Il a été enregistré, en 1980, par René Richard que je remercie de son autorisation de publication.


20 janvier 2016

LETTRE D'UN BLESSE RESCAPE DE LA BATAILLE DE LENHARREE

Foix, le 20 septembre 1914
Chère maman,

Je vous écris de la main gauche. J'ai reçu votre lettre ce matin. En passant à Toulouse, j'avais trouvé un Bordelais qui retournait chez lui. C'est lui qui a bien voulu porter un mot à Sainte Margueritte. Je commence a remuer les doigts de la main droite mais j'en ai pour six mois avant que mon bras puisse me rendre quelque service. L'autre jour, je suis tombé juste dessus, ce qui m'a valu l'épithète d'imbécile par le major !! Heureusement que mon plâtre est solide, sans quoi j'aurais fait de la salade !

Le major m'a dit l'autre jour que je pourrais aller chez moi avec mon plâtre, quand je voudrais. Il n'y a plus de pansement à me faire. Les deux plaies d'entrée et de sortie de la balle vont se cicatriser toutes seules. Il faudra juste un médecin pour m'enlever le bras du plâtre.

Je suis bien sûr que la campagne est finie pour moi. Ils m'ont bien amoché, les cochons. J'ai eu beaucoup de casque entre les mains et, quand j'ai été blessé, je n'ai pas pu en trouver. La seule chose qui me reste, c'est un couteau que j'ai pris à un prisonnier allemand à Maissin.

J'étais bien heureux de ne plus entendre le grand orchestre et de trouver un bon lit ! Ca vaut mieux que les tranchées pour ronfler ! Et qu'est-ce que je me mets dans l'estomac ! Ca change des rutabagas et du pain pourri.

Il a eu de la veine Louis. Un fantassin aurait été zigouillé d'ou avantage d'avoir un cheval qui fait le sacrifice de sa peau. Avez-vous des nouvelles de Paul et Louis Aurégan ? On peut faire la comparaison dans les hôpitaux et dans les trains de blessés. La cavalerie et l'artillerie n'ont que des pertes insignifiantes auprès de l'infanterie. Ce sont les pauvres pousse-cailloux qui se font casser la figure.

J'ai vu des endroits ou l'herbe et l'avoine étaient rouges sur de grands espaces. Une ligne de tirailleurs avait été à l'abattoir... Ce n'est pas gai de voir tomber des jeunes gens en pleine vitesse, qui sont ensanglantés et qui pleurent ou crient "Maman !". Les pauvres bougnoules criaient " Oh ! Ma Doué !" C'est la nuit que leurs cris et leurs râles étaient horribles. La plaine de Wagram dans l'Aiglon n'est rien auprès de ce que nous avons entendu à Maissin la nuit entière. J'avais des cauchemars les premières nuits que j'ai passé à l'hôpital car ma blessure me donnait un peu de fièvre. Tout ça me trottait dans la caboche. Il y a des scènes dont je me rappellerai toute ma vie.

Donnez-moi l'adresse de Louis et celle d'Auguste. J'ai appris sa blessure l'autre jour par un soldat de sa compagnie. Il ne pouvait plus parler et il a été amoché deux heures après moi au même village de Lenharrée, près de La Fère Champenoise. Il en est tombé du 19eme ce jour-là. Nous étions les derniers débris du régiment. Je connais des familles brestoises ou il y aura du deuil.

Dites-moi si vous êtes à Brest ou à Guillers et, dans une quinzaine de jours, je me mettrais en route pour Brest. Je vous enverrais une dépêche pour vous dire l'heure de l'arrivée du train. Je mettrais deux jours et deux nuits. Notre train de blessés avait mis quatre jours et quatre nuits pour arriver à Foix et des fourgons à bestiaux avec un peu de paille. Ceux qui étaient bien atteints avaient bien souffert.

Je vous envoie une copie de mon diagnostic au registre des blessés. Gardez-le, il pourra servir.

Embrassez Gabrielle et ses deux petits lapins (futurs pioupious), Marie Thérèse et, pour vous, mes meilleurs baisers.
Répondez moi vite, on s'embète sans nouvelles.
Bonne poignée de main à Fernand. En haut de sa pyramide, il doit se barber.
Gardez moi la carte que le major vous a envoyé.

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Je remercie l'association " Bretagne 14-18 " de m'avoir autorisé à publier cette lettre parue dans leur bulletin trimestriel n° 74.

16 décembre 2015

EMOUVANTE CARTE POSTALE

Emouvante carte postale, évoquant les nombreuses victimes de l'attaque d'Ovillers le 17 décembre 1914, envoyée par un soldat du 19e régiment d'infanterie à sa fiancée.

Recto

Le 15 janvier 1915

Ma chère petite Marie

Je viens de recevoir ta carte. Je suis heureux de savoir que tu es toujours en bonne santé et moi je suis de même, Dieu merci. Alors, tu as su que le 19e a été complétement détruit. Je t’assure qu’on avait fait du propre. Nous sommes partis à 4 heures du matin avec 2500 hommes pour faire une attaque et à 6 heures et demie nous étions que 1200 hommes et alors tu n’as qu’à voir combien qui ont laissé leur peau. Je t’assure qu’on aura beaucoup de mal à retourner.

Ton ami qui t’aime et qui pense toujours à toi.

 

Verso

06 novembre 2015

ALAIN MARIE CAM

Alain Marie Cam est né le 28 juillet 1887 à La Roche Maurice (Finistère). A 19 ans, il est domestique dans une famille noble de Tréguier (Côtes d'Armor). Après son service militaire effectué au 118e régiment d'infanterie de Quimper entre 1909 et 1911, il rentre à Trèguier où il habite rue Ernest Renan puis place des Halles. Lorsque la guerre éclate, il est mobilisé au 19e régiment d'infanterie de Brest qu'il rejoint le 12 mars 1915. Après la Champagne, il combat une première fois à Verdun en avril 1916. L'été 1916 se passe dans le secteur de Berry au Bac puis, retour dans la fournaise de Verdun.

Le 18 novembre 1916, Alain Marie Cam écrit à une correspondante dont l'identité n'est pas connue.

Cam CP1

Cam CP2

 

 

Samedi 18 novembre 1916

Chère madame,

Quelques mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santé car nous sommes remontés aux tranchées depuis 2 jours et le temps n'est pas bien beau. Cette nuit il a neigé et dans la journée nous avons la pluie. Mais cela n'est rien s'il n'y avait pas la grosse mitraille qui tombe à chaque instant mais j'espère qu'on se retirera de cette vilaine passe.

Bien le bonjour à votre mère ainsi qu'aux habitués.
Embrassez bien les enfants pour moi.
Bien affectueusement à vous
Votre tout dévoué
   Alain CAM

 

 

 

Ce même jour, Alain Marie Cam est victime de la grosse mitraille qu'il évoque dans sa correspondance. Il est tué par un éclat d'obus dans le secteur du bois Fumin.

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18 octobre 2015

SENTINELLE AU FORT DE VAUX

Fort de Vaux - Gazette des uniformes HS n°3Voici une photo d'un soldat du 19e régiment d'infanterie parue dans le hors série numéro 3 de la Gazette des Uniformes et la légende qui l'accompagne : " Sentinelle en faction au pied de l'escalier intérieur du fort de Vaux en novembre 1916".


15 juin 2015

TEMOIGNAGES DE BLESSES

On sait que le 19e de ligne est des régiments qui ont le plus donné. Il est composé en grande partie de Bretons qui maintiennent vaillamment la vieille réputation de notre race.
De nombreux blessés de ce régiment ont été mis en traitement à l’hôpital de Port-Louis (Morlaix) qui fonctionne sous la direction de MM. Les docteurs Kergrohen, Belamy et Bruhat. Un infirmier, M. Ollier, officier des équipages de la flotte est de Saint Pol de Léon.
Un morlaisien, blessé à la bataille de Sedan, Louis Hamon, nous écrit que les malades reçoivent à l’hôpital les soins les plus empressés. La lettre de notre correspondant est pleine d’un entrain de bon aloi. Nous en extrayons les passages suivants :
Plusieurs morlaisiens étaient à la bataille de Sedan, parmi lesquels j’ai vu Gustave Rolland, Poilleu, Guiomar, Guibot.
L’artillerie lourde allemande a une portée de 10 à 12 kilomètres ; mais notre artillerie, surtout le canon 75, sait la faire taire.
Le 26 aout, j’étais placé avec ma section dans une tranchée à 100 mètres en avant de la lisière d’un bois occupé par le 28e d’artillerie. 600 obus, nous a raconté le colonel, furent tirés sur le 28e. Les arbres du bois étaient décimés. En revanche, ce nombre énorme de projectiles réussit juste à blesser un cheval.

Notre glorieux 75


Un autre correspondant nous écrit :
Dans Sedan, les rues étaient jonchées de cadavres. Les allemands quittant la ville s’étaient sauvés vers la Meuse. Les ponts n’existant plus, les fuyards se jetèrent à l’eau. Il y en eut bientôt tant que les derniers passaient le fleuve à pied sec, en marchant sur leurs camarades.
Les allemands ont inventé un procédé spécial pour arrêter l’élan de nos troupes. Ils disposent devant leurs camps des ronces artificielles, qu’ils agrémentent d’hameçons, si bien que quand on veut franchir ces barrages, l’hameçon vous happe au passage, au détriment de votre pantalon ou de votre capote qui ne s’en porte pas mieux.
Notre correspondant termine en exprimant le désir de retourner au plus vite sur la ligne de combat.
Nous leur souhaitons de continuer à montrer le même courage et leur adressons ainsi qu’à leurs camarades nos meilleures félicitations et nos meilleurs vœux.

Source : Journal "L’Eclaireur du Finistère" paru le 12 septembre 1914

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14 avril 2015

LE LIVRE D'OR DU 19e REGIMENT D'INFANTERIE - 3

Livre d'or du 19e RI

Outre les citations reçues à titre individuel des deux articles publiés précédemment, des citations à l'ordre de la 22e Division d'Infanterie ont été aussi données pour une action collective.

Le 2e bataillon du 19e régiment d’infanterie commandé par le chef de bataillon FOHANNO :
« Sous la conduite énergique de son chef, s’est porté résolument en avant, franchissant les tranchées d’un élan irrésistible, faisant prisonniers 10 officiers et 207 hommes de troupes. »

La 8e compagnie du 19e régiment d’infanterie :
« Le …, devant …, après s’être emparée de la première ligne ennemie, s’est élancée à l’attaque d’une batterie d’artillerie, dont elle a mis toutes les pièces hors d’usage. »

La 4e compagnie du 19e régiment d’infanterie :
« Le …, à l’attaque de la …, s’est élancée à l’assaut de la position ennemie avec un ensemble, une bravoure, une volonté qui ont fait l’admiration de tous. A obtenu un succès complet. »

La 4e section de la 13e compagnie du 19e régiment d'infanterie :
« Commandé par le sergent THEBAUT, cette unité, chargée d’accompagner une troupe d’assaut à …, et d’occuper les positions conquises, est arrivée sur la position ennemie en même temps que la vague qu’elle était chargée de soutenir. S’est immédiatement mise en batterie, malgré un violent tir d’artillerie et d’infanterie. »

Croix de Guerre B

30 mars 2015

LE LIVRE D'OR DU 19e REGIMENT D'INFANTERIE - 2

Livre d'or du 19e RI

Croix de Guerre B

Voici la suite des citations parues dans la Dépêche de Brest en octobre 1915.
Citations à l'ordre de la 22e Division d'Infanterie :

Henri PETIT, médecin aide-major de 2e classe :
« A assuré avec une bravoure et un dévouement absolus la recherche et l’évacuation des blessés, au milieu d’un bombardement très intense et pendant l’assaut d’une position allemande. A pansé plus de 100 blessés. »

Jean BOIDEC, sergent-fourrier :
« A fait la guerre de tranchées depuis 12mois ; s’était déjà distingué à l’attaque d’Ovillers-la-Boisselle le 17 décembre 1914. Le …, devant …, tous ses officiers ayant été mis hors de combat, a pris le commandement de la campagne et l’a très bien dirigée pour l’attaque, sous un feu très violent de mitrailleuses et de mousqueterie. »

Joseph HOUPIN, caporal :
« S’était déjà fait remarquer aux combats de Maissin, le 22 août 1914, et de …, le … ; devant …, marchant en tête d’une section, a été blessé et n’en a pas moins conservé son commandement. Blessé une deuxième de fois grièvement, et de plus presque asphyxié, n’a consenti à être évacué que sur l’ordre formel de son commandant de compagnie. »

Georges GUILLOUX, adjudant :
« Dans la matinée du …, devant …, a fait prisonniers avec sa section plus de 80 Allemands non blessés, qui, avec des mitrailleuses, gênaient la progression des bataillons. Sous-officier très brave, qui a déjà donné des preuves multiples d’un courage à toute épreuve. »

René ROBERT, sous-lieutenant :
« Au front depuis le 5 septembre 1914, a pris part à toutes les attaques depuis cette date, et s’est particulièrement distingué devant les positions ennemies de … A conduit brillamment sa section à l’assaut.

Jean Pierre LE BOT, sous-lieutenant :
« Energique et brave, a conduit d’une façon remarquable sa section à l’assaut des tranchées ennemies devant …, sous un feu et un bombardement violent. »

René OUTIN, sous-lieutenant :
Courageux et énergique. A conduit d’une façon brillante sa section à l’attaque des tranchées ennemies de …, malgré un feu violent de mitrailleuses très intense. A été blessé pendant l’assaut.

Guillaume RIOU, sergent :
« Très dévoué et très courageux. Devant …, s’est résolument porté dans un bois battu par des mitrailleuses allemandes. A emporté la position et s’y est maintenu jusqu’à la dernière extrémité. »

Jean SALMON, sergent :
« Déjà cité à l’ordre du régiment pour sa brillante conduite à la Boisselle où, bien que blessé en dégageant son sergent-major enseveli, a refusé d’être évacué. Le … devant …, a été grièvement blessé de deux balles en se portant bravement à l’assaut des positions ennemies sous un feu et un bombardement intenses. »

Henri BALLABOUS, soldat :
« Tué glorieusement en allant porter un ordre urgent, sous un bombardement intense et un feu de mitrailleuses et d’infanterie des plus violents. Toujours volontaire pour les missions périlleuses. »

Ange LALICAN, sergent :
« A été tué glorieusement au cours d’une patrouille, dont la mission comportait des dangers considérables, après avoir demandé à la commander comme volontaire. »

François CORDON, sous-lieutenant :
« Officier admirable de courage et de bravoure. Le .., a brillamment porté sa section à l’attaque des positions ennemies devant …. Depuis cette date, donne à tous l’exemple des plus grandes qualités d’endurance, de calme, de sang-froid et d’esprit de décision, ne dépensant, sans compter, malgré les difficultés de sa position. »

Paul CARIOU et Jean BOHIC, sous-lieutenants :
« Ont brillamment entrainé leur section devant …, à l’assaut des formidables positions défensives allemandes. Ont même dépassé les pièces d’artillerie ennemies, faisant prisonniers ou mettant hors de combat tous les servants. »

Eugène DUEDAL, sergent :
« Sous-officier plein de courage, capable de tous les dévouements. Blessé grièvement pour la troisième fois en se portant résolument à la tête de sa section à l’assaut des positions ennemies de …, sous un violent bombardement et un tir de mitrailleuse des plus intenses. »

Yves DUGAIN, sergent :
« Présent sur le front depuis le début de la campagne, a toujours fait preuve de courage et d’entrain, même dans les circonstances les plus difficiles. Blessé le …, pendant l’assaut des positions allemandes de …, a quand même gardé le commandement de sa demi-section, continuant à progresser avec elle jusqu’au moment où, complètement épuisé, il a dû se laisser transporter par force au poste de secours. »

Jean SALAUN, sous-lieutenant :
« Le …, devant …, à la tête de sa compagnie qu’il a entraînée brillamment à l’assaut de formidables tranchées allemandes fortement organisées, y a fait plus de 50 prisonniers et pris beaucoup de matériel. Déjà titulaire d’une citation à l’ordre du corps d’armée. »

KUDELSKI, médecin auxiliaire :
« Le …, a accompagné son bataillon à l’assaut des tranchées allemandes de … pour panser et soigner les blessés. N’a pas hésité, au mépris de dangers considérables, à se rendre auprès des blessés sur un point violemment bombardé, où trois de ses brancardiers ont été tués à ses côtés. S’était déjà distingué en des circonstances absolument semblables, le 17 décembre 1914, à Ovilliers-La Boisselle. »

Guillaume RIOU, sergent :
« Sous-officier très énergique et très brave. A l’attaque de la …, s’est porté résolument en avant, et aidé par un caporal de sa section, a pris entre les mains des Allemands deux fusils-mitrailleuses, un canon de rechange et un lance-bombes. »

Henri CALVEZ, lieutenant :
« S’est distingué dans les combats de … au … en assurant d’une façon parfaite la liaison téléphonique du corps sous un bombardement extrêmement violent et en dressant le croquis des positions conquises, ce qui a permis de se faire rapidement une idée exacte de la situation. Le …, a été fortement contusionné par éclat d’obus au …, écroulé par un obus de gros calibre. »

Victor ANDRE, sous-lieutenant :
« Chef d’une section de mitrailleuses, le …, devant …, s’est porté résolument en avant à la tête de son unité, et a été très grièvement blessé en abordant les tranchées ennemies. »

François MOISAN, soldat téléphoniste :
« Tombé glorieusement devant …, en réparant une ligne téléphonique sous un très violent bombardement. »

Jean Louis ROBIN, soldat brancardier :
« Tué glorieusement devant …, en se portant au secours des blessés, sous un très violent bombardement. »

BELLANGER, aspirant :
« Devant …, a entrainé sa section à l’attaque d’une manière admirable. A enlevé une tranchée dont il a tué ou pris tous les défenseurs. »

Yves DERRIEN, sous-lieutenant :
« Brave et bon officier, exemplaire dans le service comme au feu. Blessé grièvement d’une balle au ventre, et n’a quitté la ligne qu’après avoir passé le commandement à son sous-lieutenant. »

Louis CHEVANCHE, lieutenant :
« Sur le front depuis le début de la campagne. Comme commandant de compagnie dans le secteur de …, a fait preuve, en maintes circonstances difficiles, de qualité militaire de premier ordre. Comme officier d’approvisionnement, se dépense sans compter : ne compte ni son temps ni sa peine ; apporte la plus grande compétence dans le service important dont il est chargé. N’hésite pas à se rendre souvent avec son ravitaillement, malgré plusieurs bombardements, à proximité des premières lignes pour assurer dans les conditions les plus rapides et les meilleures, l’approvisionnement du régiment. »

Louis GAILLARD, lieutenant :
« Blessé grièvement le 22 août 1914 au combat de Maissin (Belgique), en écrivant un ordre sous la dictée de son chef de corps, ordre dont il a assuré lui-même la transmission malgré sa blessure. A tenu à rejoindre son corps avant complète guérison. Sur le front depuis 10 mois. Officier d’une haute valeur morale et militaire. Travailleurs infatigables, n’a ménagé ni son temps ni sa peine pendant les dernières journées d’attaque, en allant deux et trois fois chaque nuit conduire les voitures amenant aux hommes une nourriture chaude et confortable, malgré de violents bombardements. »

GODART DE DONVILLE, sous-lieutenant :
« Officier très brave, se tenant admirablement au feu. A rallié plusieurs isolés égarés de leur unité et les a reconduits brillamment à l’attaque des positions ennemies. »

MONCONDUIT, sous-lieutenant :
« Faisant partie d’une catégorie rappelée dans ses foyers, est resté au front sur ses instances ; s’est vaillamment comporté en maintes circonstances. Resté seul officier de sa compagnie, à l’attaque du …, a pris le commandement de l’unité et fait intervenir ses mitrailleuses à tous les moments utiles. »

Michel COCARLY, sergent, et Jean PROUF, caporal :
« Sur le front depuis le début de la campagne, ont toujours fait preuve de la plus grande énergie et d’un mépris absolu du danger. Pendant les combats du … au … à …., se sont particulièrement distingués en dirigeant avec un dévouement inlassable, les équipes de réparations de lignes téléphoniques sous un feu violent et incessant. »

François MORVAN, Hyacinthe LE MARCHAND, Michel BOURVIE, Augustin CRENN, soldats sapeurs :
« Modèles de courage, de dévouement, de discipline. Pendant les journées d’attaque du … au … devant …, ont constamment suivi le chef de corps, servant d’agents de liaison d’une façon très intelligente. Se sont employés sans relâche à la construction d’abris et de P. C., malgré un violent bombardement d’obus de gros calibre et à gaz asphyxiants. Jour et nuit, sans une minute de repos, ont fait le coup de feu à l’occasion avec leurs camarades de la première ligne. Blessés au cours de la dernière journée d’attaque. »

Les soldats brancardiers NICOLAS ; LE FLOCH ; ROHEL, 2e compagnie; MORVAN, 3e compagnie; DERRIEN ; LE LAYS, 11e compagnie; ROUDAUT, 14e compagnie :
« Blessés grièvement pendant les journées d’attaque du … au … devant …, en se portant bravement au secours de blessés sur un terrain découvert, battu violemment par le feu de l’artillerie et de l’infanterie ennemies. »

LEHO, soldat musicien :
« Brancardier d’un zèle et d’un dévouement admirables. Courageux, énergique, se dépensant sans compter. A été blessé le … devant …. A refusé d’être évacué. »

Jean-Baptiste RINEAU, sergent :
« Sous-officier très brave. Le …, devant …, faisant partie d’une corvée de nettoyeurs, a pénétré résolument dans un abri ennemi fortement occupé. Blessé à la main, a néanmoins continué à lancer des grenades sur les Allemands jusqu’au moment où ils se sont rendus. »

Jean ROUDAUT et Yves GALLARDON, caporaux :
« Tués glorieusement en améliorant une tranchée conquise à l’ennemi. Gradés très braves. »

Henri PODER, soldat :
« Agent de liaison d’une compagnie. Sur l’insistance de son commandant de compagnie, qui voulait l’envoyer à l’examen du médecin, a répondu : « Je suis le seul agent de liaison restant et je ne quitterai pas mon poste. » A continué à transmettre les ordres en passant dans les zones les plus dangereuses, pendant toutes les journées d’attaque. »

Emile ROCABOIC, soldat :
« Soldat d’un dévouement à toute épreuve, intelligent et courageux. Très grièvement blessé devant … en procédant au nettoyage des fortins ennemis. »

Louis SEGUENNOT, sergent :
« Très grièvement blessé devant …, en se portant résolument à l’assaut des tranchées ennemies sous un bombardement extrêmement violent.

BOHEC, caporal, et Yves SCORDIA, soldat :
« Devant …, se sont précipités les premiers à l’attaque des tranchées allemandes, entrainant par leurs bel exemple tous les hommes de leur unité. Dans un entonnoir ennemi, ont combattu furieusement à coups de grenades, en attendant l’arrivée des renforts. »

 

15 mars 2015

LE LIVRE D'OR DU 19e REGIMENT D'INFANTERIE - 1

 

Croix de Guerre

A la suite des deux semaines de combats, du 25 septembre au 8 octobre 1915, menés à Tahure par le 19e régiment d'infanterie, des citations sont distribuées. Ces citations étaient accompagnées de l'attribution d'une médaille : "La Croix de Guerre". Une citation à l'ordre du régiment ou de la brigade donnait droit au port d'une étoile de bronze sur le ruban. Une citation à l'ordre de la division, une étoile d'argent et une à l'ordre du corps d'armée, une étoile de vermeil. Une palme était apposée sur le ruban dans le cas d'une citation à l'ordre de l'armée.

 

Dépêche 24 octobre 1915

 

 

 

 

 

Dans le journal "La Dépêche de Brest" du 24 octobre 1915 sont publiées certaines de ces citations reçues par des soldats, sous-officiers et officiers du 19e régiment d'infanterie. La rubrique a pour titre " Le livre d'or du 19e régiment d'infanterie". La censure de l'époque empêchait de donner les dates et les lieux qui étaient remplacés par trois points de suspension mais l'on sait aujourd'hui que ces citations ont étés gagnées à Tahure entre le 25 septembre et le 8 octobre 1915.

Livre d'or du 19e RI

Voici les citations à l’ordre du 11e corps d’armée :

Le capitaine Alphonse DENIS :
« A conduit avec une remarquable énergie sa compagnie devant … sous un violent feu de mitrailleuses et de mousqueterie. S’est emparé de deux tranchées ennemies et a su s’y maintenir, malgré un bombardement très violent. »

Les sous-lieutenants Georges ABGRALL, Henri ARIDON et R. DUPONT :
« Officiers de grande valeur et d’un sang-froid remarquable. Devant … ont entrainé admirablement leur section à l’assaut des tranchées ennemies, sous une pluie de mitraille ; ont pénétré dans les positions ennemies, faisant de nombreux prisonniers. »

Le lieutenant Alphonse JEGADEN et les sous-lieutenants Joseph BLOCH, Robert MAILLOT et François BOULCH :
« A l’attaque de …, chargés de pénétrer dans les cavernes ennemies pour mettre hors de combat tous les défenseurs, se sont acquittés de leur mission avec dévouement, un sang-froid, un mépris du danger dignes de tous les éloges. Ont fait de très nombreux prisonniers. »

Les sous-lieutenants Joseph SAGOT, J. ILIGU et Jérôme GUIVARCH :
« Grandes qualités militaires. Chefs de section d’un courage et d’une bravoure remarquables devant …, se sont portés résolument à l’assaut des positions ennemies sous un feu infernal. Ont pénétré dans les tranchées ennemies et ont pris ou mis hors de combat tous les défenseurs. »

Le sous-lieutenant Jean RIVOALAN :
« Devant …, sa compagnie ayant été arrêtée par un fortin ennemi, contenant deux mitrailleuses, et après que son commandant de compagnie eut été mortellement frappé, a conçu de sa propre initiative un mouvement débordant, qui a assuré la chute de l’ouvrage et le passage du bataillon. Officier d’un grand caractère, d’une bravoure à toute épreuve. Sur le front depuis le début de la campagne, donne à tous l’exemple des plus belles vertus militaires. »

Les sous-lieutenants M. PERRIN et René DE RESBECQ :
« A l’attaque des positions allemandes devant …, ont conçu, exécuté et dirigé une série de reconnaissances qui ont permis de débrouiller la situation. Officiers d’un grand mérite et d’une bravoure à toute épreuve, chez lesquels les journées passées semblent avoir surexcité l’esprit d’offensive. »

Le sous-lieutenant Emile LE GALL :
« Devant …, a entrainé sa compagnie à l’attaque d’une position ennemie formidablement défendue par des mitrailleuses, battant le terrain de front et de flanc. S’est parfaitement acquitté de sa mission. Officier brave et plein d’entrain. Toujours prêt à marcher. »

Le caporal Guénolé LE GUEN :
« A l’attaque de …, a demandé dans la soirée à commander une reconnaissance, dont la mission comportait des dangers considérables. Est tombé mortellement frappé, tout en ayant le courage de remettre à un homme sous ses ordres le renseignement de la plus grande importance. »

Le capitaine Louis NATALINI :
« Capitaine-adjoint au chef de corps, s’est fait remarquer dans les combats du … au … se dépensant sans compter, assurant sans relâche la liaison entre le colonel et les bataillons. Toujours sur la brèche. A été blessé devant … au moment ou il assurait le ravitaillement du régiment. A continué quand même son service. Le …, a été fortement contusionné par un éclat d’obus, au poste de commandement, écroulé par un obus de gros calibre. »

Le sous-lieutenant Jean CALVEZ :
« Blessé une première fois à l’assaut des tranchées de …, a refusé d’abandonner son poste. A continué la lutte pendant deux jours, jusqu’à ce que, blessé une seconde fois, il eut été contraint d’être évacué. »

Le sous-lieutenant A. PLUSQUELLEC :
« A fait preuve d’un courage, d’une bravoure, d’une énergie et d’une ténacité dignes des plus grands éloges, en tenant avec sept hommes une tranchée ennemie conquise, pendant toute une journée sous un bombardement des plus violents. »

L’adjudant Maxime KERGUELEN :
« A fait preuve, depuis le début de la campagne, des plus grandes qualités militaires. Parti comme caporal, a obtenu tous ses grades, grâce à sa bravoure, à son entrain et à sa brillante conduite au feu. Tué glorieusement alors qu’il pansait un officier grièvement blessé. »

L’adjudant Léon KERSCAVEN :
« D’une santé délicate, qui aurait pu le faire maintenir au dépôt, a demandé avec insistance à servir sur le front en première ligne. Tué glorieusement en allant, sous un bombardement extrêmement violent d’obus de gros calibre et asphyxiants, établir la liaison téléphonique entre le colonel et la brigade. »

Le médecin auxiliaire Jean CHATIGNIERES :
« Détaché temporairement au service du 19e pendant les journées d’attaque du … au … devant …, a trouvé une mort glorieuse en se portant au secours des blessés sur un terrain découvert, sous un feu extrêmement violent d’obus de gros calibre et à gaz asphyxiants. »

16 novembre 2014

UN POILU DE QUINZE ANS

Malgré qu'ils n'aient pas l'âge requis pour être mobilisés, de jeunes adolescents sont parvenus à partir au front et ont combattu avec leurs ainés. Le plus célèbre d'entre eux est Jean Corentin Carré. Engagé en 1915 à l'âge de quinze après avoir menti sur son âge, il est tué au combat en 1918. D'après un article, certes très patriotique, paru dans le journal "La Dépêche de Brest" le 9 mai 1915 il semblerait que le 19e régiment d'infanterie ai eu, lui aussi, son "poilu de quinze ans", René Lebas.

Un poilu de 15 ans

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