14 janvier 2011

ARTISANAT DE TRANCHEE 3

Briquet_9788

  Deux photos d'un briquet fabriqué par un soldat envoyées par Mr Le Chatreux que je remercie.
Sur une face se trouve un profil de soldat fumant la pipe avec les dates 1914 - 1919.
Sur l'autre, un profil de femme avec les initiales A.L.

Briquet_9792




Posté par loss à 16:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


05 janvier 2011

LE SITE INTERNET DU 219e RI

Plutôt qu'un simple chapitre de mon blog, j'ai pensé que l'histoire du 219e régiment d'infanterie méritait également son site internet. C'est pourquoi, je me suis lancé dans l'aventure et ai crée un site consacré au 219e RI pendant la première guerre mondiale.

      C'EST ICI => http://219eri.e-monsite.com/

Ce site est en cours de construction et sera alimenté au fil du temps.
Toute remarque, question, contribution sur ce nouveau site sont les bienvenues.
N'hésitez pas à me contacter => ICI <=

Posté par loss à 00:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 novembre 2010

EN ROUTE VERS LA CHAMPAGNE

En prévision de la future offensive prévue en Champagne pour le mois de septembre 1915, la 3e armée britannique relève la 2e armée française dans la Somme. La 51e division britannique doit prendre la place de la 22e division (19e et 118e R.I) dans le secteur de La Boisselle.

Pour le 19e régiment d'infanterie, la relève commence la nuit du 30 juillet 1915 par le 2e bataillon qui va cantonner à Saint Gratien. Le 1er août, c'est le tour du 1er bataillon qui va à Millencourt puis rejoint le 2e bataillon à Saint Gratien le 3 août. La relève du 19e régiment d'infanterie se termine par le 3e bataillon qui se rend à Frechencourt. Pour rejoindre Frechencourt et Saint Gratien, les hommes font 25 kilomètres à pied et de nuit.

Regiment_en_marche

Dans la soirée du 4 août 1915, le 19e régiment d'infanterie quitte ses cantonnements et fait 32 kilomètres à pied pour rejoindre Merville et Rouvrel ou il arrive au petit matin.
Le soir du 5 août, départ en direction de Grandvilliers, nouvelle marche nocturne de 40 kilomètres. Épuisés par la guerre d'usure subie tout l'hiver à La Boisselle, le manque de sommeil et la pluie qui tombe rendent particulièrement pénible ces 72 kilomètres parcourus à pied en deux nuits. Nombreux sont les soldats qui ont du mal à suivre.
Le 6 août au matin, le 19e régiment d'infanterie s'installe à Grandvilliers ou il est au repos. Ce repos sera toutefois relatif car les journées sont occupées par des travaux de cantonnements, des revues d'armes mais aussi par des exercices de lancement de grenades ayant pour but d'habituer les soldats a l'utilisation de cette arme en vue de l'offensive prochaine.
Ce séjour de repos est écourté car le 16e C.A, qui tient le secteur de Mesnil les Hurlus, future zone d'attaque du 11e C.A est épuisé. De ce fait, il ne peut mener à bien les travaux de préparation du terrain des futures attaques. Le général De Castelnau décide d'envoyer le 16e C.A au repos à l'arrière et de le remplacer par le 11e C.A.
Par conséquent, le 19e régiment d'infanterie quitte Grandvilliers le 18 août et effectue, toujours à pied, les 12 kilomètres qui le sépare de Crévecoeur ou il doit s'embarquer dans des trains qui le conduiront en Champagne. Trois trains seront nécessaires pour acheminer le régiment, un par bataillon. Le premier part à 6 heures de Crévecoeur, le second à 10 heures et le dernier à 14 heures.
Le 19e régiment d'infanterie débarque à Vitry le ville, dans la Marne, le 19 août. A la nuit tombée, il se rend au Fresne sur Moivre ou il passe la journée du 20 août. Le soir, nouveau départ pour Tilloy et Bellay. Le 21 août à 20 heures, départ pour la Croix en Champagne. Le 22 août, le 2e bataillon se déplace au camp de la grande route puis au camp des Coloniaux ou il est rejoint par les deux autres bataillons le 23.
A 21 heures le 24 août, commence, sous un violent bombardement, la relève du 143e régiment d'infanterie du 16e C.A par le 19e régiment d'infanterie.

Campement_en_Champagne
Aout 1915 - Le 19e R.I dans un camp en Champagne

Posté par loss à 11:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

09 novembre 2010

VRIGNE MEUSE 11 NOVEMBRE 1918

A voir ou a revoir, un excellent reportage diffusé sur France 2 le 6 novembre 2010 sur la dernière action de la grande guerre relatant le passage de la Meuse par le 415e RI les 10 et 11 novembre 1918.

Quel rapport avec le 19e régiment d'infanterie, me direz vous ?

Eh bien, il se trouve que le régiment se trouvait à la gauche du 415e RI et que les hommes du 19e RI on vécu dans les mêmes conditions les derniers instants de cette terrible guerre.
Cette dernière action vaudra au 3e bataillon du 19e RI la citation suivante, à l'ordre de la 3e armée:
" Après s'être emparé de haute lutte, le 8 novembre 1918, des villages de Balaives, d'Etrepilly et de Flize, avoir porté nos lignes sur la rive gauche de la Meuse, et effectué ainsi une avance de plus de 10 kilomètres, le 3e bataillon du 19e RI, sous les ordres du capitaine Vincent, est parvenu, le 10 novembre, à franchir le fleuve sur une passerelle de fortune soumise aux plus violents tirs de mitrailleuses, de minen et d'obus de tous calibres. A établi une tête de pont à 500 mètres de la rive droite et s'est maintenu sur sa position dans des circonstances particulièrement critiques et périlleuses, joignant le plus bel exemple du devoir et de l'abnégation à des qualités manœuvrières de premier ordre."

 

Pour voir le reportage, c'est ici => http://13h15-le-samedi.france2.fr/?page=accueil&video=rhozet_13h15_20101106_60_05112010164606_F2

Posté par loss à 13:02 - Commentaires [1] - Permalien [#]

31 octobre 2010

UN BEL HOMMAGE

Le 5 mai 1917, le 19e RI attaque dans le secteur d'Hurtebise sur le Chemin des Dames
La 7e compagnie, commandée par le capitaine Eugène Guénolé NICOLAS, s'élance à l'assaut de l'éperon du monument d'Hurtebise. Au niveau de la grotte du Dragon, la 7e compagnie est contre-attaquée par des troupes allemandes sortant de la grotte. Le capitaine Eugène NICOLAS est grièvement blessé et décède le même jour des suites de ses blessures. Son corps est inhumé à Pargnan.

Pargnan_Nov_2010

Après guerre, lorsque que l'état a procédé au rapatriement des corps inhumés dans les petits cimetières disséminés sur la ligne de front vers les nécropoles nationales, l'épouse du capitaine NICOLAS demande à ce que le corps de son mari reste à Pargnan. 

93 ans après, un bel hommage a été rendu au capitaine Eugène Guénolé NICOLAS. Des visiteurs ont déposés sur la tombe des offrandes: Un photophore et un pot contenant du sable et des coquillages entouré de galets.

Pargnan_Nov_2010_Sable
Superbe et émouvant hommage.
Le sable, les coquillages et les galets sont un peu de Bretagne apportée à ce breton reposant pour l'éternité loin des siens.

Je remercie Gilles Deschamps pour m'avoir signalé cet hommage et pour ces photos. Pargnan_Nov_2010_photophore


15 octobre 2010

PIERRE MARCEL BILLOT

Voncq___Billot
Pierre Marcel BILLOT soldat au 19e RI

Le 2 novembre 1918, le 2e bataillon du 19e régiment d'infanterie doit relever le 2e bataillon du 124e régiment d'infanterie à Semuy dans les Ardennes. Il part de l'église de Voncq ou les agents de liaisons du 124e RI est venu le chercher.
De nuit, sous la pluie et dans le brouillard, les agents de liaison du 124e RI ne trouvent plus leur chemin et le 2e bataillon du 19e RI s'égare dans le bois de Voncq. Soudain, un terrible bombardement ennemi se déclenche sur ce bois.
Pierre Marcel BILLOT tombe sous ce déluge de feu à l'âge de 22 ans.
Né à Rioms dans le département de la Gironde le 13 août 1896, son corps sera rapatrié après guerre.
Pierre Marcel BILLOT
repose désormais à Bordeaux.

Mur_plaques_

Grand merci à Serge Michel Dumartin et Bernard Labarbe pour leurs photos et informations.

Posté par loss à 18:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 septembre 2010

UNE JOURNEE PARMI TANT D'AUTRES

Afin de mieux connaître le quotidien des soldats du 19e RI lorsqu'ils étaient en première ligne devant La Boisselle, voici un rapport du colonel Marc Albert.

----------------------------------------------------------------
19ème régiment d'infanterie                             18 février 1915

Compte rendu des évènements et des travaux effectués pour la journée du 17 et la nuit du 17 au 18 février 1915.

Bombardement assez intense du secteur surtout par du 77 fusant.
Depuis deux jours, l'intensité du feu de l'artillerie allemande a beaucoup augmenté. Tout travail de jour est impossible étant donné que toute levée de terre attire aussitôt le tir de l'artillerie ennemie et le travail de nuit est retardé.
Les tranchées de première ligne ont été bouleversées en plusieurs points notamment dans les tranchées C, F et la tranchée du cimetière. En F une section de mitrailleuses à même été bouleversée sans perte d'hommes ni dégât matériel.
Pertes du régiment: 2 tués (1) et 6 blessés.

---ooOoo---
Travaux effectués

Construction de traverses dans la tranchée C que l'on a commencé a couvrir de rondins et de claies pour protéger contre le tir d'enfilade venant du bois en V.
Construction de 10 mètres de boyau conduisant de la tranchée G à l'îlot.
Mise en place de 10 créneaux dans la tranchée Sud de l'entonnoir ainsi que dans les tranchées C et F.
Pose de réseaux de fil de fer brun devant les tranchées E, F et G.
Réfection des tranchées A et B dans les parties démolies par les obus et les bombes et éboulées par la pluie.
Nettoyage des boyaux 23 et 25 sur une longueur de 150 mètres.

Le colonel commandant le 19e RI
Marc Albert

Tranch_es_devant_La_Boisselle___F_vrier_1915

Plan des tranchées dans le secteur de La Boisselle à la date du 18 février 1915
--------------------------------------------------------------------

(1) Après quelques recherches sur le site "Mémoire des Hommes" j'ai retrouvé deux soldats du 19e RI tués le 17 février 1915:
Jean Guillaume Gourvez et Pierre Jestin.

01 septembre 2010

FEVRIER 1915 - LE 11e CORPS D'ARMEE S'ORGANISE

Avec la stabilisation du front, le 11e Corps d'Armée, dont fait partie le 19e régiment d'infanterie, organise le fonctionnement du service dans sa zone d'action. En février 1915, celle-ci s'étend de Auchonvillers à Bécourt.

Zone_d_action_du_11e_CA__Somme_1915

Cette zone est partagée en deux secteurs. Au nord, le secteur d'Aveluy est attribué à la 43e brigade commandée par le colonel Mac Mahon. Au sud, le secteur du Vivier est donné à la 44e brigade commandée par le général De Lavillèon. Ces secteurs sont partagés en tranches correspondant au front occupé par un régiment. Le secteur du Vivier est découpé en deux tranches: La tranche de La Boisselle et la tranche de Fricourt. En février 1915, le 19e et le 118e régiment d'infanterie alternent dans la tranche de La Boisselle. La tranche de Fricourt est tenue par les cavaliers et des éléments des 293e et 337e régiment d'infanterie.
Le régiment en première ligne est relevé, en principe, au bout de 6 jours, par le régiment de réserve. Ces relèves s'effectuent de nuit.

Lorsqu'il est en première ligne, le régiment place ses compagnies dans les tranchées ou en soutien.
Les hommes des compagnies affectées aux tranchées sont repartis ainsi:

  • Un quart de l'effectif est de garde dans la tranchée
  • Un quart de l'effectif est de piquet (prêt à marcher en cas d'alerte)
  • Un quart de l'effectif est de repos
  • Un quart de l'effectif est au travail (perfectionnement et entretien des tranchées et boyaux de première ligne)
Les compagnies mises en soutien ont:
  • Un tiers de l'effectif de piquet
  • Un tiers de l'effectif au travail
  • Un tiers de l'effectif au repos
Lorsqu'il est de réserve, le régiment se voit accorder deux jours de repos pendant lesquels seront effectués les soins de propreté corporelle ainsi que l'entretien et la réparation des effets d'habillement. Au bout de ces deux jours, le régiment est divisé en deux, une partie des hommes est affectée aux travaux et entretien des tranchées et boyaux de deuxième ligne, l'autre est de piquet et, outre des marches et manœuvres d'entrainement, elle reçoit une formation théorique sur la discipline et l'instruction militaire.

04 août 2010

CITATIONS A L'ORDRE DE L'ARMEE

Suite aux événements du 7 février 1915 de nombreuses citations furent décernées aux soldats et officiers du 19ème régiment d'infanterie. En voici quelques unes:

Chef de bataillon VIOTTE
A fait preuve en toutes circonstances des plus belles qualités militaires, notamment le 7 février, en dirigeant une contre-attaque sur des excavations de mine occupées par les allemands et en lui imprimant une telle énergie qu'une seule compagnie de son bataillon réussissait à repousser l'ennemi en lui tuant 120 à 130 hommes.

La 8ème compagnie du 19e RÉGIMENT D'INFANTERIE
Chargée d'une attaque sur les entonnoirs de mines allemandes, s'est porté résolument en avant et après un feu rapide, abordant l'ennemi à la baïonnette, a obligé celui-ci à abandonner sa position, en laissant sur le terrain environ 200 morts.

Capitaine MAILHOL
Ayant reçu l'ordre de se tenir prêt à soutenir avec sa compagnie le mouvement de la 8ème, sur les excavations de mines allemandes, s'est porté personnellement auprès du commandant de la compagnie d'attaque, qu'il a accompagné pendant toute l'opération pour se renseigner sur ses besoins en renforts et pouvoir les satisfaire au plus vite. A été légèrement blessé à la tête par un éclat d'obus.

Sous-lieutenant GOASDOUE
Le 7 février, chargé de mener une attaque sur des entonnoirs de mines occupés par les allemands, a entraîné sa compagnie avec un brio remarquable, et, malgré les pertes éprouvées dans la nuit précédente par l'explosion des mines, a su la maintenir pendant deux heures sous un feu violent d'infanterie donnant à tous le meilleur exemple de courage.

Sous-lieutenant QUEMAR
Tombé glorieusement à la tête de sa section, le 7 février, au moment ou il occupait une position qu'il venait d'enlever à la baïonnette.

Adjudant CAUDAL
Dans la nuit du 6 au 7 février, était chef d'un poste avancé. Après l'explosion de trois fourneaux de mine allemands ensevelissant la moitié des hommes de sa section, n'a pas hésité à se porter en avant, avec les survivants, pour garnir la crête de l'un des entonnoirs et s'opposer à la marche en avant de l'ennemi. A résisté sur cette position avec la dernière énergie.

Adjudant SEVERE
Après l'explosion de mines allemandes dans un ilot dans la nuit du 6 au 7 février, s'est porté seul en avant par des boyaux à peu près impraticables afin de recueillir des renseignements précis sur la situation de notre tranchée avancée.

Caporal GUIZOUARN
Le 7 février a fait preuve d'une grande bravoure en se précipitant à la tête de son escouade dans l'entonnoir creusé en avant de la tranchée de première ligne par l'explosion d'une mine allemande, a été grièvement blessé.

Soldat BELLEC
Enseveli sous les décombres d'une explosion de mine dans la nuit du 6 au 7 février et dégagé par deux soldats allemands, a réussi à leur échapper et à rentrer dans nos lignes.

Soldats RAYMOND et LE GOFF
Ont, au mépris du plus grand danger, rapporté le corps de leur officier tué au cours d'un assaut à la baïonnette le 7 février. (ndlr: Il doit très certainement s'agir du Sous-lieutenant Quémar)

04 juillet 2010

A LA CONQUETE D'UNE TRANCHEE

Trouvé dans le journal "La croix des Côtes du Nord", cet article reproduit le courrier d'un sergent du 19e régiment d'infanterie à ses parents. Cette lettre relate les événements du 8 février 1915 que j'évoque dans l'article du 27 février 2010 "La guerre des mines".

----------------------------------------------
A LA CONQUÊTE D'UNE TRANCHÉE
----------------------------------------------

Millencourt, le 13 février 1915

      Chers parents

J'étais arrêté dans ma dernière lettre du 6 février. La journée avait été calme et le temps relativement beau. Nous étions en première ligne depuis la veille au soir et nos tranchées étaient à 40 mètres des allemands. Comme d'habitude, quelques coups de feu avaient été échangés dans la journée.
Depuis près de trois semaines, le génie français préparait des puits de mines pour enlever une tranchée allemande en avant de nous. De leur coté, les allemands faisaient la même chose. Le dimanche, nous devions opérer.
Or, le samedi soir, à onze heures une détonation formidable retentit. C'était les allemands qui venait de faire exploser notre tranchée occupée par la 8e compagnie. Panique générale. La section de la 8e qui tenait la tranchée saute en l'air et le reste revient en arrière pendant que les allemands prennent notre place. Des coups de feu sont échangés sur toute la ligne. Notre artillerie donne pendant quelques minutes, puis le silence se rétablit. La 8e compagnie est obligée de se replier un peu en arrière.
Le lendemain matin, on se rendit compte de la situation. Les soldats du génie qui creusaient un puit de mine aidés par vingt soldats du bataillon étaient ensevelis sous les décombres. Quand à ceux qui avaient sautés, ils étaient indemnes. L'explosion avait soulevé trois tas de terre d'environ six mètres de haut et de huit à dix mètres de large. C'est à ne pas y croire que de voir un amas semblable produit par la mélinite. C'est effrayant.
Le dimanche matin arrive. Temps superbe, soleil radieux. Excellent déjeuner servi sur une table improvisée composée d'une planche reposant sur deux seaux. Nous finissons à peine de dîner que le capitaine nous avertit que nous allons attaquer dans quelques heures. C'est plutôt mauvais comme dispositif. Le général de division avait donné ordre à la compagnie qui avait perdu la tranchée de la reprendre coûte que coûte. Ma compagnie devait marcher comme renfort si la 8e échouait. Alors tous nous nous préparons, nous mettons de coté les papiers personnels important que nous laissons dans notre sac en cas de retour. Ce n'est pas gai. Nous étions tous là, baïonnette au canon, attendant l'heure de l'assaut.
A quatre heures, notre artillerie, pendant quelques minutes, fait donner toutes ses batteries de 75, 105 et 120 sur La Boisselle. C'est un vacarme effroyable. Au bout d'un quart d'heure, une section de la 8e compagnie part sans faire de bruit, dans le boyau conduisant au bas de la butte de terre soulevée par la mine et derrière laquelle s'établissent les allemands. Arrivés au pied de la levée de décombres, la section pousse un cri: En avant ! A la baïonnette ! et gravit le tas de terre. Une cinquantaine d'homme du génie allemand travaillent derrière la butte. Ils sont tous passés par les armes, et la section, revenant en arrière, s'établit un abri sous le feu. Aidée par les trois autres sections, elle établit une sorte de tranchée.
Pendant cet assaut, ma compagnie avait gardé sa position et attendait pour intervenir. Point ne fut besoin. Nous essuyâmes simplement le feu de l'artillerie allemande. Plusieurs marmites nous envoyèrent de la terre sur nos képis. Trois de mes hommes furent blessés par balles en levant leur tête au-dessus de la tranchée.
Le soir, à huit heures, ma compagnie remplace la 8e sur l'emplacement pris d'assaut. C'est ma section qui prend la position. Toute la nuit, nous nous y sommes fortifiés et, craignant une contre-attaque, nous étions sur nos gardes. Mais ces messieurs n'osèrent pas s'y frotter.
J'avais auprès de moi un soldat mort à l'attaque et le mardi à cinq heures du matin, je prends deux hommes avec une pelle et une pioche, puis ,nous creusons une fosse. Je fais fouiller le mort: c'est un nommé R......... de H...... Quand la fosse est faite, nous le mettons dedans, puis je réunis six hommes et, à genoux, tête découverte, je récite le "de profundis" que mes hommes répondent. Je vous assure que c'était un spectacle bien impressionnant de nature à toucher même les plus indifférents. Nous recouvrons de terre noire l'infortuné camarade, puis je plante une croix faite par moi sur le sommet de sa tombe. J'y avais mis cette inscription:
Ici repose H.............. R............. du 19e d'infanterie, mort au champ d'honneur. Prions pour lui.
Dans la matinée, j'ai enterré deux autres soldats tués la veille et à chacun, nous fîmes le même cérémonial.
Que de réflexions salutaires donnent de tels spectacles !
Nous avons occupé cette position toute la journée et nous nous sommes fortifiés sérieusement. Le lendemain, nous sommes partis en deuxième ligne et avons pu nous reposer un peu la nuit.
Le mardi soir, nous étions relevés et nous sommes à Millencourt pour six jours. Quelle réjouissance de pouvoir se refaire un peu !

 

R. P.......... Sergent au 19e d'infanterie