Le 9 novembre 1918, les 2e et 3e bataillons du 19e régiment d'infanterie tiennent les bords de la Meuse à Flize dans les Ardennes, en liaison avec la 163e Division d'Infanterie (53e, 142e et 415e RI) à sa droite. Les Allemands occupent l'autre coté du fleuve et les ponts permettant le passage de la Meuse sont détruits. L'ordre est donné de passer de l'autre coté de la rive afin d'occuper la gare de Lumes-Triage. Pour ce faire, les soldats du génie aidés des pionniers du 19e RI établissent une passerelle de fortune.
A 6 heures du matin, le 10 novembre, dans un brouillard intense et sous le feu nourri de l'ennemi, les 9e, 10e et 11e compagnies du 3e bataillon commencent la traversée suivis par la 5e compagnie du 2e bataillon et s'établissent sur la rive.

Flize 10-11-18

Carte extraite du livre du colonel Grasset "Le passage de la Meuse par la 163e DI"

La dernière patrouille du 19e régiment d'infanterie

Vers 9 heures, le lieutenant Le Glaunec, qui commande la 9e compagnie, ordonne au caporal Perrot de partir en patrouille avec son escouade afin de trouver la voie ferrée et d'y reconnaitre le terrain. Cette patrouille est prise à partie par les nids de mitrailleuses allemandes. Roger Boursaud, Edouard Deumie, Jean Joseph Guillou et Lucien Laurent sont tués ainsi que Fernand Charpentier et le sergent François Marie Moulec qui avaient rejoint la patrouille. En se portant à leur secours, les brancardiers Julien Bourel et Jean François Le Deroff tombent à leur tour sous les balles ennemies. Le caporal Eugène Perrot sera l'unique survivant de cette dernière patrouille.
Traumatisé par cet événement survenu à quelques heures de l'armistice, il revient à de nombreuses reprises à Flize après la guerre. Il fait peindre un tableau représentant cette dernière patrouille qu'il offre à la municipalité de Flize. De nos jours, le tableau est toujours accroché au mur de la salle du conseil de la mairie.

FLIZE La dernière Patrouille Mairie de Flize

Tableau de la dernière patrouille - Mairie de Flize

L'armistice

En fin de matinée, les trois bataillons du 415e RI, deux du 142e RI et un du 19e RI plus une compagnie sont parvenus à franchir la Meuse. Lorsque le brouillard se lève, les Allemands, s'apercevant que nos troupes ont traversé la Meuse, déclenchent un feu nourri qui cloue sur place nos fantassins. Vers 13 heures, la compagnie du lieutenant Le Glaunec attaque les maisons vers l'Est ou se cachent les mitrailleuses ennemies.Il y fera une trentaine de prisonniers. Le reste de cette journée du 10 novembre se passe en combats et tirs sur toute la ligne de front.
Ces derniers jours de combat vaudront au 3e bataillon du 19e RI la citation suivante, à l'ordre de la 3e armée:
" Après s'être emparé de haute lutte, le 8 novembre 1918, des villages de Balaives, d'Etrepilly et de Flize, avoir porté nos lignes sur la rive gauche de la Meuse, et effectué ainsi une avance de plus de 10 kilomètres, le 3e bataillon du 19e RI, sous les ordres du capitaine Vincent, est parvenu, le 10 novembre, à franchir le fleuve sur une passerelle de fortune soumise aux plus violents tirs de mitrailleuses, de minen et d'obus de tous calibres. A établi une tête de pont à 500 mètres de la rive droite et s'est maintenu sur sa position dans des circonstances particulièrement critiques et périlleuses, joignant le plus bel exemple du devoir et de l'abnégation à des qualités manœuvrières de premier ordre."

Ce 10 novembre 1918, le 19e régiment d'infanterie a ses 13 derniers soldats tués au combat:
Les huit de la dernière patrouille: Julien Bourel, Roger Boursaud, Fernand Charpentier, Edouard Deumie, Jean Joseph Guillou, Lucien Laurent, Jean François Le Deroff et le sergent François Marie Moulec.
Et Charles Ardouin, Pierre Carlet, Jean Baptiste Le Page, Eugène Lossignol et Charles Poincon.

Des le matin du 11 novembre 1918, la nouvelle de l'armistice prévu à 11 heures commence à circuler parmi les hommes. Le capitaine Vincent, commandant le 3e bataillon du 19e RI, raconte :
"La nouvelle de l'armistice a filtré vers l'avant et, comme pénétrée d'un fluide magique, la première ligne s'agite. Négligeant toute prudence, les hommes sortent de leurs trous et se congratulent bruyamment. Le tactac d'une mitrailleuse fait rentrer bien vite chacun dans son trou, les allemands ne sont pas au courant. Enfin, vers 11 heures, la cloche d'une locomotive tinte longuement dans la gare de Lumes et nos clairons, massés dans la cour du château de Flize, sonnent à plein poumons le "Cessez le feu".
Minute poignante ! Sur la ligne de feu, Français et Allemands s'avancent les uns vers les autres sans armes. On se serre la main, on rit sans retenue. Quelques groupes chantent la Marseillaise, c'est un peu du délire."