15 février 2012

A L'ASSAUT ! Récit d'un combattant

Fantasins se préparant à l'attaque

Le matin de l'attaque (25 septembre 1915), grande animation dans les boyaux; c'est le grand jour, et, depuis 70 heures on ne cesse de canarder les allemands.
L'heure approche, c'est pour 9 heures 15.
9 heures arrivent, le commandant passe avec toute son escorte, le génie et quelques téléphonistes suivent. Ils vont prendre leur emplacement et se mettent près de nous car la compagnie a tout les honneurs. Nous devons passer le parapet les premiers.
9 heures 10, on boit un petit coup de gnole, on fume une pipe sans s'en faire. Au préalable, chacun a mit ordre aux affaires de sa conscience et fait en son fors intérieur un dernier et bon acte de contrition. Nous sommes résignés, tels des condamnés à mort. En finir d'une manière ou de l'autre, c'est le raisonnement de tous. Assez de cette vie de tranchées. Tant pis, si l'on reste, ce sera la délivrance car il y a trop longtemps que cela dure.
9 heures 14, Baïonnette au canon ! Chargez et en avant !
D'un bond, nous sommes sur le parapet, notre capitaine en tête et fonçons sur les tranchées ennemies. Nous traversons sans trop de peine les fils de fer, pas un coup de fusil de la part des allemands. Nous arrivons dans les tranchées de première ligne ennemies et passons. L'équipe des nettoyeurs de tranchées reste pour dénicher les allemands qui s'étaient cachés dans leurs souterrains.
On arrive à la deuxième ligne juste au moment ou les allemands sortent de leurs sapes et s'apprêtent à nous recevoir. A bout portant, on les fusille. Ils lèvent les bras au ciel et crient "Kamarades !". A part quelques fanatiques qui nous tirent dessus, tous se rendent. D'ailleurs ces quelques fanatiques sont vite "nettoyés". L'entrain est superbe. Après un petit nettoyage, nous poursuivons notre course en avant. Nous voilà descendant une colline, rien d'anormal. Nous recevons quelques obus et le 75 s'en met. Il ne croyait pas que l'on irait si vite et il balayait la colline devant nous.
Maintenant nous allons grimper l'autre versant. A ce moment, nous sommes pris de biais par les mitrailleuses ennemies qui nous fauchent. Un 105 arrive et éclate tout près de moi. Je suis projeté à terre. Pas la moindre blessure, c'est étonnant, je continue. Sur le coup, je ne me ressentais de rien. Vingt mètres plus loin, mon copain, que je connais depuis 15 ans, tombe frappé d'une balle qui lui a perforé le poumon. Aussitôt, nous allons vers un trou d'obus et je lui fais son pansement.
Pendant ce temps, la compagnie s'était arrêtée et le renfort ne venait pas. Ca y est, je me voyais prisonnier ! Plus de compagnie, plus de renfort. Je regardais et ne voyais rien. J'entendais à droite et à gauche des coups de fusils allemands. Puis la fusillade s'était ralentie. J'avais la ferme conviction que nous étions "faits" comme des lapins.
La nuit arrive et, aux fusées, je cherchais à me reconnaitre. Pas moyen, c'était un méli-mélo épouvantable. Je ne me risque pas trop. Nous passons donc la deuxième journée dans notre trou continuellement sonnés par les schrapnells et les gros noirs. Je vous assure que je croyais ma dernière heure venue. La encore un "maousse" arrive tout près. A demi enterrés, on arrive a se dégager. Pendant ce temps, mon pauvre copain s'affaiblissait.
A la nuit, je regarde bien et observe nos tirs et ceux des allemands. Je me rends un peu compte de la situation. A notre droite, il y avait un boyau sonné tantôt par nous, tantôt par les allemands et c'était le seul boyau que nous pouvions prendre pour ne pas se faire voir.

tahure tranchées

La nuit arrivée, je me décide à sortir explorer le terrain. Je n'avais pas fait trois mètres qu'une décoction de fusées allemandes arrive. Une fusillade éclate, suivie bientôt d'un bombardement. Nous voilà frais encore une fois ! C'est une contre-attaque ennemie qui se passe à droite. Nous nous abritons le mieux possible avec nos sacs. Je commençais à sentir une douleur dans les reins, enfin, cela ne me gênait guère, je ne pensais qu'à changer de domicile.
La deuxième nuit se passe et le matin, au petit jour, je me décide à déguerpir coute que coute. Tant pis si l'on est "faits". Je rampe et j'écoute. J'entends une voix de blessé qui appelle au secours. Je vais vers lui et j'aperçois une pauvre silhouette à genoux dans un trou d'obus avec une figure contractée par les fatigues et angoisses de deux journées. Il était blessé à la jambe. Vite, nous échangeons nos situations. Il me dit avoir entendu le génie travailler. Je vais dans la direction indiquée. Impossible de passer, il y a des fils de fer. Je reviens donc au blessé et lui indique notre trou. Nous revenons à mon domicile après quelques minutes de recherches, car la nuit on ne s'oriente pas bien. Je n'étais donc pas plus avancé qu'au début.
Comme poussé par l'instinct, je me dirige vers le boyau suspect, bien lentement, je vous assure, et l'oreille bien tendue. J'approche et j'entends prononcer des mots. Sauvé ! Ce sont des français ! D'un bond, je suis dans la tranchée et explique mon cas. Justement se trouvait là un bon camarade d'Angers, qui, sans hésiter, vient avec moi chercher notre blessé qu'on ramène tant bien que mal au poste de secours. Quand à moi, j'avais de plus en plus mal aux reins et je fus évacué pour contusions. Comme le dépôt d'éclopés était comble, on m'évacua dans le midi.

Posté par loss à 11:43 - - Commentaires [4] - Permalien [#]