23 mai 2008

Mort, à la Boisselle, d'un petit cultivateur breton de MERDRIGNAC (22)

Par Guy Troche, Jean Verdel, Gabriel Le Mer et René Richard
Article paru dans le bulletin n° 19 de l'association "Bretagne 14-18"

En 1965, par hasard, parmi les nombreux vestiges de la Grande Guerre que continue de vomir la terre de la Somme, un cultivateur, Mr Vandenbreke, découvre une plaque d'identité dans un terrain vague, bouleversé par la guerre et qui venait d'être nivelé. L'endroit de la découverte se situe exactement à l'endroit de l'ancien cimetière civil de la Boisselle que traversait pendant l'hiver 1914-1915, sinuant entre les tombes, la ligne de front. Il confia récemment cette plaque au Docteur Guy Troché qui fit part de cette trouvaille à notre ami Jean Verdel, historien local des batailles de la Somme. Sur la plaque d'identité se lisaient les indications suivantes: " MOLLE Victor, 1909, 1859, St-Brieuc"...

Muni de ces informations, Jean Verdel contacta René Richard qui mena des recherches aux A.D. des Côtes-d'Armor, à la mairie et dans la commune de Merdrignac. Dans le même temps, Gabriel Le Mer étudia les combats du 19e R.I. de Brest à La Boisselle. Il fut alors possible de retracer la courte existence de ce soldat breton.

Victor, Jean, Marie Molé est né le 14 mars 1889, à 11 heures du matin, au lieu-dit Le Plessis, en Merdrignac (Côtes-du Nord).
Son père, Jean Marie Molé, est né le 17 avril 1861 à la Malhoure (Côtes-du-Nord), près de Lamballe. Sa mère, Marie-Françoise Adam, est née le 17 juillet 1862 à Merdrignac. Ils se sont mariés le 12 mai 1888 à Merdrignac. Tous les deux avaient déjà perdu leurs parents. Jean Marie Molé était alors domestique de ferme à Trémorel, près de Merdrignac. Marie-Françoise Adam était ménagère à Merdrignac et devait aller travailler dans les fermes.
Le couple s'était installé dans une petite ferme au Plessis. C'est là que naquît Victor, leur fils aîné. Le 7 juillet 1890 naît Charles. Il décède à 2 mois le 15 septembre 1890. Le troisième fils, Henri, naît le 10 novembre 1891 mais il décède le 2 octobre 1892. Le couple n'eut pas d'autre enfant.
On peut penser que Victor fréquenta l'école de Merdrignac. Il fut ensuite ouvrier agricole et, avec ses parents, cultivateur. C'était un beau et grand jeune homme de 1m.72.
Incorporé le 1er octobre 1910 au 19e Régiment d'Infanterie de Brest, il le quitte le 1er octobre 1912 et en devient réserviste. Il est rappelé à l'activité le 2 août 1914. Sans doute participa t-il à la campagne du 19e R.I. en Belgique (Maissin), lors de la retraite et pendant la bataille de la Marne. En position avec son régiment dans la Somme, il apprend que son père est décédé le 27 octobre 1914. II devient caporal le 8 janvier 1915. A ce moment son régiment, après s'être reconstitué à Aveluy, est remonté dans le secteur de la Boisselle où l'attaque inutile du 17 décembre 1914 lui avait coûté 1.200 hommes, tués, disparus, blessés ou prisonniers. Nouvelles actions et escarmouches se succèdent en ce début d'année 1915. Victor Molé est porté tué le 10 janvier 1915 (en fait le 11). La transcription de son jugement de décès se fera en mairie de Merdrignac le 14 mars 1918 avec la mention "Mort pour la France". Il apparaît, à la lecture de cet acte, que l'officier d'état-civil du 19e R.I. a constaté la réalité de la mort de Victor Molé. Son corps n'avait donc pas alors disparu et il fut sans doute sommairement inhumé sur place. Qu'en advint-il ensuite dans ce secteur constamment disputé par les Allemands et les Français, puis par les Allemands et les troupes du Commonwealth ?  Nous n'en saurons rien. Seule, cette plaque d'identité (qui sera remise à la mairie de Merdrignac) a permis de tirer Victor Molé de l'oubli. Son nom figure sur le monument aux morts de Merdrignac.
Sa mère, Marie-Françoise, mourut à Merdrignac, rue d'Abas, le 5 février 1931, à l'âge de 69 ans. Elle était restée seule, ayant perdu ses trois fils et son mari.

Mol__Victor

Je remercie l'association "Bretagne 14-18" pour son autorisation de publier cet article paru dans leur bulletin n° 19.


22 mai 2008

EXPLOSION DE MINE

Le 10 janvier 1915 vers 21 heures, le lieutenant PICARD, commandant la 1ère compagnie du 19e régiment d'infanterie, viens occuper avec un peloton une tranchée que le 118e RI venait de prendre aux Allemands à La Boisselle. A cheval sur la route de Contalmaison, cette tranchée n'est éloignée que d'une dizaine de mètres des 1eres lignes ennemies.
Durant la nuit, le lieutenant PICARD et ses hommes renforcent la tranchée nouvellement conquise et creusent une nouvelle tranchée sur leur droite de façon à établir la communication avec la 9e compagnie du 118e RI.
Le 11 janvier vers 9 heures 30, la tranchée, qui avait été minée par les Allemands saute.

 

explosion_de_mine

Un entonnoir de 5 à 8 mètres de profondeur et de 25 à 30 mètres de largeur est produit par l'explosion.
54 hommes sont mis hors de combat, seul un sergent et 9 soldats ne sont pas blessés. Afin de parer à toute attaque, ces dix hommes, renforcés par une escouade (1 caporal et 8 soldats ) gardent les abords de l'entonnoir. Ils déblaient l'entonnoir à la recherche de leurs camarades ensevelis.

Cette action vaudra au caporal SALAUN une citation à l'ordre de l'armée dont voici le texte :
" Le 11 janvier, devant La Boisselle, les Allemands ayant fait sauter la tranchée qu'il occupait, s'est précipité avec le plus grand sang-froid dans l'excavation produite pour sauver ses camarades ensevelis sous les décombres."

A 19 heures, le lieutenant PICARD et ses 18 hommes sont relevés par la section du sous lieutenant FRIAUT de la 2e compagnie du 19e RI qui sera elle même relevée plus tard par la section du sous lieutenant BLOCH de la 3e compagnie du 19e RI.

Après une recherche sur le site "Mémoire des Hommes", j'ai pu retrouver 7 victimes de cette explosion de mine du 11 janvier 1915 à La Boisselle.
Les soldats
François ARZEL, Auguste ARZUR, François CATROS, Yves LE TROADEC, Joseph MASSON, Lucien RUVOEN.
Et le caporal Victor MOLE, dont la plaque d'identité a été retrouvée en 1965 par un cultivateur à l'endroit ou se trouvait le cimetière de La Boisselle en 1915.