21 septembre 2010

UNE JOURNEE PARMI TANT D'AUTRES

Afin de mieux connaître le quotidien des soldats du 19e RI lorsqu'ils étaient en première ligne devant La Boisselle, voici un rapport du colonel Marc Albert.

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19ème régiment d'infanterie                             18 février 1915

Compte rendu des évènements et des travaux effectués pour la journée du 17 et la nuit du 17 au 18 février 1915.

Bombardement assez intense du secteur surtout par du 77 fusant.
Depuis deux jours, l'intensité du feu de l'artillerie allemande a beaucoup augmenté. Tout travail de jour est impossible étant donné que toute levée de terre attire aussitôt le tir de l'artillerie ennemie et le travail de nuit est retardé.
Les tranchées de première ligne ont été bouleversées en plusieurs points notamment dans les tranchées C, F et la tranchée du cimetière. En F une section de mitrailleuses à même été bouleversée sans perte d'hommes ni dégât matériel.
Pertes du régiment: 2 tués (1) et 6 blessés.

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Travaux effectués

Construction de traverses dans la tranchée C que l'on a commencé a couvrir de rondins et de claies pour protéger contre le tir d'enfilade venant du bois en V.
Construction de 10 mètres de boyau conduisant de la tranchée G à l'îlot.
Mise en place de 10 créneaux dans la tranchée Sud de l'entonnoir ainsi que dans les tranchées C et F.
Pose de réseaux de fil de fer brun devant les tranchées E, F et G.
Réfection des tranchées A et B dans les parties démolies par les obus et les bombes et éboulées par la pluie.
Nettoyage des boyaux 23 et 25 sur une longueur de 150 mètres.

Le colonel commandant le 19e RI
Marc Albert

Tranch_es_devant_La_Boisselle___F_vrier_1915

Plan des tranchées dans le secteur de La Boisselle à la date du 18 février 1915
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(1) Après quelques recherches sur le site "Mémoire des Hommes" j'ai retrouvé deux soldats du 19e RI tués le 17 février 1915:
Jean Guillaume Gourvez et Pierre Jestin.


01 septembre 2010

FEVRIER 1915 - LE 11e CORPS D'ARMEE S'ORGANISE

Avec la stabilisation du front, le 11e Corps d'Armée, dont fait partie le 19e régiment d'infanterie, organise le fonctionnement du service dans sa zone d'action. En février 1915, celle-ci s'étend de Auchonvillers à Bécourt.

Zone_d_action_du_11e_CA__Somme_1915

Cette zone est partagée en deux secteurs. Au nord, le secteur d'Aveluy est attribué à la 43e brigade commandée par le colonel Mac Mahon. Au sud, le secteur du Vivier est donné à la 44e brigade commandée par le général De Lavillèon. Ces secteurs sont partagés en tranches correspondant au front occupé par un régiment. Le secteur du Vivier est découpé en deux tranches: La tranche de La Boisselle et la tranche de Fricourt. En février 1915, le 19e et le 118e régiment d'infanterie alternent dans la tranche de La Boisselle. La tranche de Fricourt est tenue par les cavaliers et des éléments des 293e et 337e régiment d'infanterie.
Le régiment en première ligne est relevé, en principe, au bout de 6 jours, par le régiment de réserve. Ces relèves s'effectuent de nuit.

Lorsqu'il est en première ligne, le régiment place ses compagnies dans les tranchées ou en soutien.
Les hommes des compagnies affectées aux tranchées sont repartis ainsi:

  • Un quart de l'effectif est de garde dans la tranchée
  • Un quart de l'effectif est de piquet (prêt à marcher en cas d'alerte)
  • Un quart de l'effectif est de repos
  • Un quart de l'effectif est au travail (perfectionnement et entretien des tranchées et boyaux de première ligne)
Les compagnies mises en soutien ont:
  • Un tiers de l'effectif de piquet
  • Un tiers de l'effectif au travail
  • Un tiers de l'effectif au repos
Lorsqu'il est de réserve, le régiment se voit accorder deux jours de repos pendant lesquels seront effectués les soins de propreté corporelle ainsi que l'entretien et la réparation des effets d'habillement. Au bout de ces deux jours, le régiment est divisé en deux, une partie des hommes est affectée aux travaux et entretien des tranchées et boyaux de deuxième ligne, l'autre est de piquet et, outre des marches et manœuvres d'entrainement, elle reçoit une formation théorique sur la discipline et l'instruction militaire.

04 août 2010

CITATIONS A L'ORDRE DE L'ARMEE

Suite aux événements du 7 février 1915 de nombreuses citations furent décernées aux soldats et officiers du 19ème régiment d'infanterie. En voici quelques unes:

Chef de bataillon VIOTTE
A fait preuve en toutes circonstances des plus belles qualités militaires, notamment le 7 février, en dirigeant une contre-attaque sur des excavations de mine occupées par les allemands et en lui imprimant une telle énergie qu'une seule compagnie de son bataillon réussissait à repousser l'ennemi en lui tuant 120 à 130 hommes.

La 8ème compagnie du 19e RÉGIMENT D'INFANTERIE
Chargée d'une attaque sur les entonnoirs de mines allemandes, s'est porté résolument en avant et après un feu rapide, abordant l'ennemi à la baïonnette, a obligé celui-ci à abandonner sa position, en laissant sur le terrain environ 200 morts.

Capitaine MAILHOL
Ayant reçu l'ordre de se tenir prêt à soutenir avec sa compagnie le mouvement de la 8ème, sur les excavations de mines allemandes, s'est porté personnellement auprès du commandant de la compagnie d'attaque, qu'il a accompagné pendant toute l'opération pour se renseigner sur ses besoins en renforts et pouvoir les satisfaire au plus vite. A été légèrement blessé à la tête par un éclat d'obus.

Sous-lieutenant GOASDOUE
Le 7 février, chargé de mener une attaque sur des entonnoirs de mines occupés par les allemands, a entraîné sa compagnie avec un brio remarquable, et, malgré les pertes éprouvées dans la nuit précédente par l'explosion des mines, a su la maintenir pendant deux heures sous un feu violent d'infanterie donnant à tous le meilleur exemple de courage.

Sous-lieutenant QUEMAR
Tombé glorieusement à la tête de sa section, le 7 février, au moment ou il occupait une position qu'il venait d'enlever à la baïonnette.

Adjudant CAUDAL
Dans la nuit du 6 au 7 février, était chef d'un poste avancé. Après l'explosion de trois fourneaux de mine allemands ensevelissant la moitié des hommes de sa section, n'a pas hésité à se porter en avant, avec les survivants, pour garnir la crête de l'un des entonnoirs et s'opposer à la marche en avant de l'ennemi. A résisté sur cette position avec la dernière énergie.

Adjudant SEVERE
Après l'explosion de mines allemandes dans un ilot dans la nuit du 6 au 7 février, s'est porté seul en avant par des boyaux à peu près impraticables afin de recueillir des renseignements précis sur la situation de notre tranchée avancée.

Caporal GUIZOUARN
Le 7 février a fait preuve d'une grande bravoure en se précipitant à la tête de son escouade dans l'entonnoir creusé en avant de la tranchée de première ligne par l'explosion d'une mine allemande, a été grièvement blessé.

Soldat BELLEC
Enseveli sous les décombres d'une explosion de mine dans la nuit du 6 au 7 février et dégagé par deux soldats allemands, a réussi à leur échapper et à rentrer dans nos lignes.

Soldats RAYMOND et LE GOFF
Ont, au mépris du plus grand danger, rapporté le corps de leur officier tué au cours d'un assaut à la baïonnette le 7 février. (ndlr: Il doit très certainement s'agir du Sous-lieutenant Quémar)

04 juillet 2010

A LA CONQUETE D'UNE TRANCHEE

Trouvé dans le journal "La croix des Côtes du Nord", cet article reproduit le courrier d'un sergent du 19e régiment d'infanterie à ses parents. Cette lettre relate les événements du 8 février 1915 que j'évoque dans l'article du 27 février 2010 "La guerre des mines".

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A LA CONQUÊTE D'UNE TRANCHÉE
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Millencourt, le 13 février 1915

      Chers parents

J'étais arrêté dans ma dernière lettre du 6 février. La journée avait été calme et le temps relativement beau. Nous étions en première ligne depuis la veille au soir et nos tranchées étaient à 40 mètres des allemands. Comme d'habitude, quelques coups de feu avaient été échangés dans la journée.
Depuis près de trois semaines, le génie français préparait des puits de mines pour enlever une tranchée allemande en avant de nous. De leur coté, les allemands faisaient la même chose. Le dimanche, nous devions opérer.
Or, le samedi soir, à onze heures une détonation formidable retentit. C'était les allemands qui venait de faire exploser notre tranchée occupée par la 8e compagnie. Panique générale. La section de la 8e qui tenait la tranchée saute en l'air et le reste revient en arrière pendant que les allemands prennent notre place. Des coups de feu sont échangés sur toute la ligne. Notre artillerie donne pendant quelques minutes, puis le silence se rétablit. La 8e compagnie est obligée de se replier un peu en arrière.
Le lendemain matin, on se rendit compte de la situation. Les soldats du génie qui creusaient un puit de mine aidés par vingt soldats du bataillon étaient ensevelis sous les décombres. Quand à ceux qui avaient sautés, ils étaient indemnes. L'explosion avait soulevé trois tas de terre d'environ six mètres de haut et de huit à dix mètres de large. C'est à ne pas y croire que de voir un amas semblable produit par la mélinite. C'est effrayant.
Le dimanche matin arrive. Temps superbe, soleil radieux. Excellent déjeuner servi sur une table improvisée composée d'une planche reposant sur deux seaux. Nous finissons à peine de dîner que le capitaine nous avertit que nous allons attaquer dans quelques heures. C'est plutôt mauvais comme dispositif. Le général de division avait donné ordre à la compagnie qui avait perdu la tranchée de la reprendre coûte que coûte. Ma compagnie devait marcher comme renfort si la 8e échouait. Alors tous nous nous préparons, nous mettons de coté les papiers personnels important que nous laissons dans notre sac en cas de retour. Ce n'est pas gai. Nous étions tous là, baïonnette au canon, attendant l'heure de l'assaut.
A quatre heures, notre artillerie, pendant quelques minutes, fait donner toutes ses batteries de 75, 105 et 120 sur La Boisselle. C'est un vacarme effroyable. Au bout d'un quart d'heure, une section de la 8e compagnie part sans faire de bruit, dans le boyau conduisant au bas de la butte de terre soulevée par la mine et derrière laquelle s'établissent les allemands. Arrivés au pied de la levée de décombres, la section pousse un cri: En avant ! A la baïonnette ! et gravit le tas de terre. Une cinquantaine d'homme du génie allemand travaillent derrière la butte. Ils sont tous passés par les armes, et la section, revenant en arrière, s'établit un abri sous le feu. Aidée par les trois autres sections, elle établit une sorte de tranchée.
Pendant cet assaut, ma compagnie avait gardé sa position et attendait pour intervenir. Point ne fut besoin. Nous essuyâmes simplement le feu de l'artillerie allemande. Plusieurs marmites nous envoyèrent de la terre sur nos képis. Trois de mes hommes furent blessés par balles en levant leur tête au-dessus de la tranchée.
Le soir, à huit heures, ma compagnie remplace la 8e sur l'emplacement pris d'assaut. C'est ma section qui prend la position. Toute la nuit, nous nous y sommes fortifiés et, craignant une contre-attaque, nous étions sur nos gardes. Mais ces messieurs n'osèrent pas s'y frotter.
J'avais auprès de moi un soldat mort à l'attaque et le mardi à cinq heures du matin, je prends deux hommes avec une pelle et une pioche, puis ,nous creusons une fosse. Je fais fouiller le mort: c'est un nommé R......... de H...... Quand la fosse est faite, nous le mettons dedans, puis je réunis six hommes et, à genoux, tête découverte, je récite le "de profundis" que mes hommes répondent. Je vous assure que c'était un spectacle bien impressionnant de nature à toucher même les plus indifférents. Nous recouvrons de terre noire l'infortuné camarade, puis je plante une croix faite par moi sur le sommet de sa tombe. J'y avais mis cette inscription:
Ici repose H.............. R............. du 19e d'infanterie, mort au champ d'honneur. Prions pour lui.
Dans la matinée, j'ai enterré deux autres soldats tués la veille et à chacun, nous fîmes le même cérémonial.
Que de réflexions salutaires donnent de tels spectacles !
Nous avons occupé cette position toute la journée et nous nous sommes fortifiés sérieusement. Le lendemain, nous sommes partis en deuxième ligne et avons pu nous reposer un peu la nuit.
Le mardi soir, nous étions relevés et nous sommes à Millencourt pour six jours. Quelle réjouissance de pouvoir se refaire un peu !

 

R. P.......... Sergent au 19e d'infanterie

 

 

 

27 février 2010

LA GUERRE DES MINES

Suite à la guerre de mouvement des premiers mois, les combats évoluent vers une guerre de position. Français et Allemands construisent des tranchées ou chacun se retranche et se fortifie.
C'est à ce moment qu'apparaît la guerre des mines.
Le principe est simple. Les sapeurs du génie français et allemands creusent des galeries souterraines jusque sous les tranchées ennemies.

Galerie_de_mine
Une galerie de mine

Ils placent une charge explosive dans le fourneau de mine et font exploser celle-ci. Ce qui provoque un cratère ou entonnoir plus ou moins important selon la charge explosive qui bouleverse la tranchée ennemie et enseveli les hommes qui s'y trouvent. A ce moment, les soldats se portent sur l'entonnoir pour l'occuper, ce qui occasionne de furieux combats.
Ces travaux de constructions de galerie étant quelque peu bruyant, l'ennemi savait alors qu'il se passait quelque chose sous leurs pieds. Il creusait alors une galerie sous celle qui était découverte pour y placer une contre-mine ou camouflet qui était destiné à détruire la galerie adverse. C'était alors une course de vitesse à celui qui ferait jouer sa mine en premier.
La guerre des mines a sévi sur le front d'Ovillers La Boisselle pendant tout le début 1915.

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Un épisode de la guerre des mines sur le front du 19e RI
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Dans le secteur de l'îlot, trois fourneaux de mines préparés par le génie devait être mis à feu dans la soirée du 7 février 1915 afin de détruire les fourneaux de mines allemands. En vue de ces exposions, la garnison de l'îlot avait été évacuée en deuxième ligne et il ne restait, pour garder le secteur, que quelques éléments de la 8e compagnie du 19e régiment d'infanterie.
Malheureusement, l'ennemi a été plus rapide. Dans la nuit du 6 au 7 février à 1 heure 45, ils font exploser leurs fourneaux de mines provoquant trois profondes excavations devant la tranchée E de l'îlot. Parmi les hommes du 19e RI qui gardaient la tranchée E, 33 sont mis hors de combat, tués, blessés ou ensevelis.
Immédiatement après l'explosion, les allemands passent à l'offensive. Des 2 heures, l'artillerie française exécute un tir de barrage et les différentes sections du 19e régiment d'infanterie, qui avaient été placés en deuxième ligne, se ruent dans les entonnoirs produit par les explosions afin d'empêcher l'assaillant de s'y installer. La fusillade est très nourrie, un des entonnoirs est pris de flanc par une mitrailleuse ennemie. Le sergent Salic, de la 10e compagnie, repousse deux attaques à la baïonnette et se maintient dans une excavation à moins de six mètres des allemands. Les brancardiers arrivent pour porter secours aux blessés et ensevelis. On creuse un parapet de tir sur un des bords de l'entonnoir ainsi qu'un boyau pour relier l'entonnoir à nos lignes.
De leur coté, les allemands commencent également quelques ébauches de tranchées sur les bords opposés de l'entonnoir. Ils tentent une nouvelle attaque à 6 heures du matin, sans plus de succès.
Le général de Lavilléon, commandant la 44e brigade, donne l'ordre d'occuper l'intégralité de l'entonnoir et d'en déloger les allemands qui tentent de s'y installer. Cette mission est confiée au commandant Viotte, chef du 2e bataillon du 19e RI. Après une préparation d'artillerie d'un quart d'heure, la 8e compagnie s'élance à l'assaut à 15 heures 15. Le succès est total. La compagnie occupe l'entonnoir et s'y organise défensivement.

Au cours de ces tragiques événements du 7 février 1915, beaucoup d'hommes du 19e RI seront mis hors de combat dont plusieurs tués parmi lesquels les lieutenants Frédéric Quémar et François Mangin, l'adjudant Jules Bécard, le sergent Emile Baptiste, les caporaux François Leroux et Jean Stéphan ainsi que les soldats Albert Ansquer, Louis Bonnizec, françois Brenterch, Eugène Chauvel, Hervé Guillerm, Guy Herry, Jean Pierre Hervé, Jean Yves Le Coz, Ignace Madec, Armand Martin, Ernest Meuric, Yves Moal, Victor Pluen, René Reigner, Albert Ropars, François Marie Seité, Isidore Stéphan, François Ludovic Tessier et Pierre Toudic.

Le 9 février 1915, le 19e régiment d'infanterie est relevé des premières lignes par le 118e régiment d'infanterie et part au repos dans les cantonnements de Hennencourt, Lavieville et Millencourt.

 


11 janvier 2010

L'ALBUM PHOTO DU LIEUTENANT JEANTREL

Voici quelques photos prises par le lieutenant Jeantrel que Guy François, propriétaire de l'album, a eu l'extrême gentillesse de me communiquer.
Ces clichés ont été pris dans la Somme dans le secteur d'Ovillers La Boisselle, Bécourt, Fricourt pendant l'hiver 1914-1915, période ou le 11e Corps d'Armée, dont faisait partie le 19e régiment d'infanterie, occupait ce secteur.
Le lieutenant Jeantrel n'était pas au 19e régiment d'infanterie. Il faisait partie du 28e Régiment d'Artillerie ou il était officier à la 8e batterie du 3e groupe. Le 28e RA est le régiment d'artillerie du 11e CA et il passé l'hiver 1914-1915 en compagnie des fantassins du 19e régiment d'infanterie.

1___Lieutenant_Jeantrel_et_adjudant_Car_me

Le lieutenant Jeantrel (à droite) et l'adjudant Carême dans un abri de première ligne.

2___Une_tranchee_devant_La_Boisselle

Une tranchée devant La Boisselle.

3___Ruines_de_La_Boisselle

Les ruines de La Boisselle vues depuis un PC du 28e RA.
Les lignes blanches visibles au premier plan sont les tranchées allemandes.

4___P

Officiers du 19e RI.
Le deuxième en partant de la gauche est le commandant Wolf, chef du 3e bataillon.

5___Casemate_du_28e_RAC_devant_La_Boisselle

Casemate de canon de 75 du 28e RA construite devant La Boisselle.

6___Basilique_d_Albert

La basilique d'Albert en ruine et sa célèbre vierge penchée.

Grand merci à Guy François pour le partage de ces photos.

10 novembre 2009

THEODORE BOTREL - UNE CROIX DANS LA TRANCHEE

Voici un poème de Théodore Botrel dédié " Aux compatriotes du 19e ". Écrit en mai 1915 à La Boisselle, ce poème a pour titre " Une croix dans la tranchée ".

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AUX COMPATRIOTES DU 19e
UNE CROIX DANS LA TRANCHÉE

Nous suivions la tranchée à vingt mètres des Boches,
Silencieux, le dos voûté, le pied glissant,
Et les canons "tapaient" là, si proches,
Que le vent des obus nous fouettait en passant.

Nous voyons à travers les créneaux La Boisselle,
Son petit cimetière et son îlot brumeux,
Paysage banal qu'un frôlis de ton aile
A fait sublime, ô gloire, et pour jamais.

Nous bonjournions les gars bretons du 19e
A leurs postes d'écoute au long des longs boyaux
Où échangeant deux mots "brezounek" parfois même,
Les "tiens bon" se croisaient avec les "kenavos".

Quand, tout à coup, je vis au bas d'une tranchée
Une petite croix faite avec deux roseaux
Croix sans date et sans nom timidement cachée
Comme en font les enfants sur les tombes d'oiseaux.

Qui était donc ce mort, quand tomba t'il ? Mystère
Il était de ceux là qu'on note "disparus"
Et qui, devant les yeux des remueurs de terre,
Sous le coup de leurs pics, un soir, sont reparus.

On ne dérange pas ce corps du camarade
On salue, on se signe et le travail reprend
Si bien qu'il reste encore là, sous la fusillade
Soldat jusqu'au-delà du tombeau, dans le rang.

Et devant l'humble croix, saisi d'un trouble étrange,
Je me sentis jaloux de ce mort radieux
Qui, face à l'ennemi, dans son linceul de fange,
Dormait là du grand sommeil des héros et des dieux.

Théodore Botrel - La Boisselle 13 mai 1915
Merci beaucoup à Jean Bannier pour ce document.

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Th_odore_Botrel

Célèbre chansonnier breton, Théodore Botrel avait été nommé par le ministère de la guerre "Chansonnier aux armées". Pendant tout le conflit, il s'est rendu sur tous les différents secteurs du front, ou il donnait des spectacles patriotiques.
Théodore Botrel a écrit beaucoup de poèmes et chansons dont la célèbre "Rosalie".

06 février 2009

DEVANT THIEPVAL, LE 7 OCTOBRE 1914

Parue dans le Nouvelliste du Morbihan le 11 novembre 1914, cette lettre a très probablement été écrite par un soldat du 19e régiment d'infanterie qui occupait ce secteur de Thiepval en ce début Octobre 1914. Dans cette lettre, cet homme, originaire du Morbihan, raconte son quotidien.

« Devant THIEPVAL, le 7 Octobre 1914

Depuis mon départ, tu n’as guère eu la peine de me lire souvent si bien longuement ; cela tient essentiellement à notre situation présente. Voilà trois semaines bientôt que nous vivons de la vie des taupes, toujours en terre.

Dès notre arrivée dans ce pays, nous avons commencé à creuser des tranchées et depuis nous y sommes, en quittant une pour en creuser une autre un peu plus près de l’ennemi. Mais tu ne dois pas savoir ce que c’est qu’une tranchée : je vais essayer de te l’expliquer et tu le comprendras facilement, je l’espère.

Nous savons par exemple que les Boches occupent la crête d’une colline. Cette crête est formée d’un terrain à peu près plan sur 100, 200 ou 300 mètres. Nous approchons de l’ennemi et , quand nous sommes assez prêts, nous nous couchons tous, mettons nos sacs devant nous pour nous protéger plus ou moins des balles, puis chacun commence son trou. Régulièrement ces tranchées individuelles se font à l’aide des outils que l’on porte sur le sac ; mais beaucoup ont perdu sacs et tout et j’ai vu creuser la terre avec les couteaux , cuillers, fourchettes et même simplement avec les seules mains. La terre, ainsi retirée des trous que nous faisons, se place devant nous, à coté du sac et forme parapet . Pour peu qu’on travaille pendant quelques heures , le trou devient assez profond pour que l’on puisse s’y tenir à genoux, puis debout, tout en étant à l’abri derrière le monticule de terre que l’on a tiré. Si on n’avait à craindre que les balles on ferait des tranchées très larges dans lesquelles on pourrait se tenir allongé ; mais pour nous garantir des obus nous préférons des tranchées plus étroites, tout le long du boyau. De la sorte, lorsque l’on est bien tapi au fond avec le sac sur le dos, il n’y a plus rien à craindre de leurs marmites. D’ailleurs, les premiers temps, nous ne pouvions entendre un obus siffler sans tous nous aplatir à terre. Depuis nous nous sommes habitués à cette chanson si souvent sifflée et nous reconnaissons à temps si le projectile nous est destiné, rien qu’à son bourdonnement qui, évidemment, n’est pas le même quand il rase terre et va tomber, et quand il passe à grande hauteur et va éclater à quelques kilomètres en arrière de nous.

Tu dois te demander ce que nous faisons dans ces habitations ultra-modernes appelées tranchées ? L‘horizon est plutôt borné ; aussi n‘admirons-nous pas beaucoup le paysage. Nous commençons tout d‘abord par améliorer notre « intérieur » . Pour ce faire nous allons chercher de la paille ou même du blé, car beaucoup de céréales ne sont pas battues, et nous en faisons d‘épais tapis et de chaudes couvertures. Les premiers jours après notre arrivée ici nous nous contentions de ces seuls meubles car le temps était très beau et nous dormions sans avoir trop froid, avec comme ciel de lit la calotte céleste constellée d‘étoiles !!! Malheureusement, depuis plusieurs jours, le soleil fait grève et par contre la pluie et la brume ne dédissent pas ; aussi, a-t-il fallu nous garantir mieux : ma toile cirée m‘est très utile. On nous a fourni aussi des tricots de laine et des couvertures régimentaires. De notre coté, nous avons travaillé. Les bois environnants nous fournissent dexcellentes toitures . Tous ces feuillages enchevêtrés, recouverts ensuite de paille, nous font des abris relativement chauds et sous lesquels nous narguons la pluie. La paille pourtant se fait rare et celle que nous avions primitivement dessous commence à se transformer en fumier, sans quil nous soit possible de la renouveler.

Ce que nous faisons dans les tranchées ?

Tout dabord on dort quand on nest pas de veille et dun sommeil !!! Il est vrai que trois semaines passées à entendre le grondement continuel des canons et le sifflement des balles ne sont pas faites pour vous reposer . Un obus éclatant à 6 ou 8 mètres  de la tranchée ne réussit pas à nous réveiller. Le ronflement des dormeurs se même au fracas de léclatement des obus : jen ai ri combien de fois ?

On cause aussi, on chante même, on rit et on fume. J‘ai eu la précaution de me munir d‘une pipe en passant à TROYES et je ne le regrette pas car le feuilles à cigarettes ont fait très souvent défaut. Le tabac nous a manqué à tous aussi pendant un ou deux jours et ça été une grande privation . Maintenant, par bonheur, nous en sommes munis abondamment . Ce qui nous a beaucoup ennuyé et nous tracasse encore, cest le manque dallumettes : cest triste à dire. Au milieu de tous ces feux croisés dartillerie et dinfanterie, de ces incendies de châteaux, de villages et de meules de paille , nous avons mille peines à nous procurer des allumettes. Nous employons des ruses de sauvages pour, modernes Vestales, entretenir le feu indispensable aux fumeurs.

Hier, jai réussi à me procurer 3 allumettes pour toute la Section. Nous avons établi un tour de fumerie et 2 allumettes ont suffi à contenter tout le monde. A ce propos, si tu disais cela à M. P.. , peut-être pourrait-il obtenir que les Femmes de France fassent parvenir une cinquantaine de boites dallumettes rouges, les plus pratiques en campagne. Tous les soldats leur en sauraient grand gré.

Donc nous dormons, nous fumons, nous mangeons aussi, dune façon un peu monotone, un menu qui na rien de trop varié ; mais nous ne demandons quune chose, que les mets soient chauds. A ce point de vue, none avons pas à nous plaindre actuellement, car la Compagnie se trouve à proximité du village où lon fait la cuisine . En effet, il est absolument interdit dallumer de feux à ciel ouvert, de peur de se faire repérer par les aéros .  De la sorte, quand on se trouve un peu éloigné de toute habitation on mange et on boit le café froid, ce qui na rien dagréable par ce temps qui est loin dêtre tropical . Jusquici nous navons eu que du rata, du bouilli, de la soupe et du café ainsi que du singe ; mais désormais les Compagnies pourront se procurer du chocolat, du fromage et des conserves (sardines, thon, etc.) . Chacun attend ces nouveaux mets avec une impatience que tu dois comprendre et je te promets bien que, même si les sardines sont importées dEspagne, cela ne mempêchera pas de les dévorer à belles dents.

Il n’y a pas que des choses terribles en guerre, il y a aussi le coté comique. Ainsi, l’autre jour (nous sommes à 200 mètres à peine des tranchées allemandes), nous entendons les Boches chanter. Pour les faire taire, nous tirons quelques coups de fusils sur leur talus. Figure-toi que ces animaux se sont mis à siffler ! Et d’un air de se fiche du monde ! Nous sommes tous partis d’un éclat de rire général.

Encore un autre fait : nous sommes tellement rapprochés que, quelquefois, dans la nuit, les cuisiniers allemands se trompent de route. Ainsi, lautre jour, deux dentre eux sont venus porter le « jus » dans la première tranchée de la 5e Compagnie. Comme tu le penses, ils ont été accueillis avec enthousiasme, le café a été accepté et exécuté séance tenante, tandis que les Boches étaient faits prisonniers. Ils nont dailleurs pas du tout lair fâché dêtre pris par nous. Ils en ont assez, eux aussi, et savent bien maintenant quils ne seront pas maltraités. Tous dailleurs tant quils sont ont lair de ne marcher que bourrés dalcool. Il est rare quon fasse un prisonnier qui ne soit pas plein comme une bourrique. Un uhlan, lautre jour, vient la nuit pour couper les fils de fer que nous mettons devant nos lignes ; il est blessé et fait prisonnier. La blessure est très superficielle et pourtant il ne tient pas debout. Quand le Major sest approché de lui pour le panser il lui a parlé en Breton , oui, tu lis bien, en Breton ! Cest dailleurs étonnant comme ils sont nombreux chez eux ceux qui savent le Français et cela nous joue de sales tours . Chaque fois quils savancent ou quils se voient pris, principalement la nuit, ils crient : « Ne tirez pas, nous sommes Français » et nous, de peur de tirer sur des camarades, nous ne tirons pas et nous faisons attraper.

Jai encore bien des choses à te raconter sur notre vie , mais que je ferai de vive voix. Quand ? A linstant, je reçois ta lettre. Quel plaisir et quelle chance ! En effet, je navais pas denveloppe, et la tienne va te retourner. La prochaine fois que tu mécriras, mets plusieurs enveloppes dans la lettre et quelques feuilles , ne crains pas de charger ; ici nous navons rien absolument, tout le pays est saccagé et dailleurs nous ne bougeons pas de notre trou, comme je te lai dit » .

16 septembre 2008

CHANGEMENT DE COLONEL

En février 1915, le colonel CHAPES est nommé commandant de la 50e Brigade (16e et 98e RI).
Commandant le 235e RI de Belfort depuis la mobilisation, le colonel MARC ALBERT est désigné pour le remplacer à la tête du 19e régiment d'infanterie.

Col_AlbertCol_Albert_signature

 

 

 

 

 

         

 

 

   Colonel Marc ALBERT

 

27 juin 2008

OVILLERS

Vue_Ovillers

Le village d'Ovillers complétement rasé après l'offensive Franco-Anglaise du 1er Juillet 1916.